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Jean-Claude Sosnowski  |  mise en ligne : novembre 2014

Déchevaux-Dumesnil (ou Deschevaux-Dumesnil ou Déchevaux-Duménil), J. P. A.


Horloger à Paris. Contribue à la souscription du groupe parisien du Nouveau Monde pour un projet de fondation d’un phalanstère d’enfants en 1841. Franc-maçon. Fondateur et rédacteur de la revue Le Franc-Maçon de 1847 à 1870.


Est-il ce « travailleur » qui dans une lettre du 4 février 1838 déclare sa foi saint-simonienne à Prosper Enfantin de retour d’Égypte ? [1] Il est cité dans L’Almanach social pour l’année 1840 comme l’un des travailleurs de l’École phalanstérienne. Horloger établi, 28 place Dauphine puis 58 rue quai des Orfèvres à Paris, « on trouve chez M. Dumesnil des pendules, bijoux, coupes, flambeaux et candélabres » [2]. Il participe à la souscription initiée par Le Nouveau Monde en 1840 relayée en 1841 par Le Premier Phalanstère en vue de fonder le premier phalanstère d’enfants. Il offre « une jolie montre » [3]. Il souscrit également pour 0,50 franc à la publication de L’Union ouvrière de Flora Tristan. En 1847 et 1848, il achète un encart publicitaire dans plusieurs numéros de La Démocratie Pacifique. Cette annonce est repérée par le signe distinctif « ⁂ » signalant qu’elle émane d’un « phalanstérien dévoué » [4]. Il déclare entretenir des « relations fréquentes dans les départements […], à Alger, Saint-Pétersbourg, Varsovie, Rio-Janeiro [sic] » [5]. En 1847, avec Jules Lavoine, il fonde et devient rédacteur en chef de la revue Le Franc-Maçon. La revue est rédigée par des francs-maçons de tous les rites et toutes les obédiences dont la fusion est proposée. Le 10 juin 1848, en tant qu’horloger et au titre de rédacteur du Franc-maçon, il s’adresse en ces termes au Journal des Travailleurs fondé par les ouvriers délégués au Luxembourg et à Pierre Vinçard (il semble proche des Vinçard, et en 1850, il lance un Appel maçonnique à [s]on ami Louis Vinçard, l’oncle du précédent) :

Citoyen, Celui qui donne le premier coup de pioche dans le filon vaut mieux que celui qui porte une belle couronne d’or. Courage ! Nobles et hardis travailleurs. Il y a longtemps que je vous aime et que je vous ai prédit du succès en tout, sauf la richesse, car vous serez toujours pauvre. Tant mieux, certes, car à l’heure où vous ne souffrirez plus de votre misère, vous ne comprendrez plus celle des autres. Et regardez déjà autour de vous ceux qui montent par dessus, par dessous l’échelle dont le pied touche le sol et le sommet le pouvoir, ils n’ont plus d’énergie pour parler des besoins des masses. Quand il parlent de larmes, on ne pleure plus. Pierre Vinçard, si vos collaborateurs gardent comme vous même, la sainte livrée du travail, vous aurez toujours du génie, car vous aurez toujours du cœur. Votre frère en Jésus-Christ, DECHEVAUX-DUMESNIL, horloger Rédacteur du Franc-Maçon [6]

En septembre 1848, il relaie l’idée qui circule dans les rangs de la maçonnerie d’une candidature de Lamartine, pourtant non maçon, comme « Grand-Maître de la Maçonnerie en France [...] ». Et durant quelques numéros, en exergue du titre de la revue Le Franc-Maçon, il reprend le propos de Crémieux de mars 1848,

la République fera ce que fait la Maçonnerie, elle deviendra le gage éclatant de l’union des peuples sur tous les points du globe

et déclare que

Lamartine n’a jamais coûté une larme […] c’est à nos yeux le plus honnête homme de France […] aussi demandons-nous […] qu’il soit président de la République française, car lui seul parmi tous les hommes des révolutions a vivant dans le cœur les mots sacrés, Liberté, Égalité, Fraternité [...] [7]
Le Christ, et bien des siècles depuis, Saint-Simon, Enfantin et Fourier ont proclamé la sainteté du travail, mais vous […] vous proclamez plus haut encore la beauté, la dignité, la majesté du labeur de la pensée. Aussi toute âme qui reconnaît la noblesse du travail doit venir à vous […] Vous êtes le seul homme qui peut dire hardiment, moi M. de Larmartine édite mes œuvres, c’est le plus grand enseignement que le monde travailleur peut recevoir [...] vous avez fait un appel aux hommes, aux femmes qui aiment ce qui est doux, ce qui est bien, ce qui est beau ! [8]

Néanmoins, en décembre 1852, Déchevaux-Dumesnil est maître des cérémonies de la toute nouvelle loge dénommée « Bonaparte » fondée le 28 octobre précédent. Cette loge illustre une tendance à un recrutement maçonnique qui devient beaucoup moins populaire sous l’Empire. Le vénérable Moutonnet justifie cette appellation : « Bonaparte a été la Maçonnerie incarnée, comme le Christ notre divin maître a été l’incarnation de la divinité » [9]. Lucien Murat, le roi Jérôme et ses enfants, ceux de Lucien Bonaparte en sont membres d’honneur. La loge connaît des dissensions dès 1859 et malgré les tentatives de ranimer son activité, elle ne survit pas à la chute de l’Empire. Deschevaux-Dumesnil ne renie pas ses convictions sociales même s’il s’éloigne de Fourier ; en 1853, il vante l’ouvrage de Colins, également franc-maçon, Qu’est-ce que la science sociale ? [10]. Il s’illustre essentiellement en publiant divers poésies et chants dans Le Franc-Maçon. Il y glorifie la fraternité ouvrière et maçonnique, le pacifisme. « M. DECHEVAUX-DUMESNIL est un écrivain distingué, un cœur dévoué, digne de mener dans le sentier du succès l’œuvre dont il est le fondateur » écrit de lui Adolphe Favre dans La Revue parisienne de novembre 1860. Sa vie est consacrée à la franc-maçonnerie. En 1874, il possède une bibliothèque de livres et de manuscrits d’environ 12 000 volumes dont certains « parchemins de la plus haute antiquité et des écrits remontant à l’origine de la franc-maçonnerie » [11].


Jean-Claude Sosnowski

Dernière mise à jour de cette fiche : mars 2015

Notes

[1Lettre du 4 février 1838 citée dans Claire Démar, Appel au peuple sur l’affranchissement de la femme : aux origines de la pensée féministe ; textes établis et présentés par Valentin Pelosse, nouv. éd. rev. et augm., Paris, Albin Michel, 2001, p. 222, note 1 et par Thomas Bouchet, Les Fruits défendus, socialisme et sensualité du XIXe siècle à nos jours, Paris, Stock, 2014, p. 42.

[2« Travailleurs de l’Ecole phalanstérienne », Le Premier Phalanstère, 15 février 1841, p. [4].

[3« Faits divers », Le Nouveau Monde, 1er février 1841, p. 4.

[4« Annonces gratuites », Bulletin phalanstérien, 14 septembre 1846, n° 2 p. 24.

[5La Démocratie pacifique, 3 août 1847.

[6Le Journal des Travailleurs, 13 au 18 juin 1848

[7Le Franc-maçon, septembre 1848, cité par Pierre Chevallier, Histoire de la Franc-Maçonnerie française, 2, La Maçonnerie missionnaire du Libéralisme (1800-1877), Paris, Fayard, 1993, p. 322.

[8Cité par Ethel Harris, Lamartine et le peuple, Paris, J. Gamber, 1932, pp. 174-175.

[9Cité par Pierre Chevallier, Histoire de la Franc-Maçonnerie française, 2, La Maçonnerie missionnaire du Libéralisme (1800-1877), Paris, Fayard, 1993, p. 393.

[10Hipollyte Colins, Qu’est-ce-que la science sociale ?, tome 4, Paris, Garnier, 1854, pp. 24-25.

[11Le Rappel, 29 mars 1874, p. 2.


Ressources

Œuvres

Rédacteur en chef de la revue mensuelle Le Franc-Maçon, publiée par l’Orient de Paris, 1848-1870.
Le Chant des Loges maçonniques, Paris, impr. Bonaventure et Ducessois, [s. d.].
Appel maçonnique à mon ami Louis Vinçard (extrait de la 6e et 7e livraison de la IIIe année du Franc-Maçon), Paris, impr. N. Chaix & Cie (1850).
Hommage aux loges du département de Seine-et-Oise, réunies pour célébrer la fête Saint-Jean à Lonjumeau, le 30 juin 5850, Paris, impr. de Bonaventure et Ducessois, 1850 (en ligne sur Gallica).
A L⁂ G⁂ D⁂ G⁂ A⁂ de l’U⁂ . R⁂ L⁂ Saint-Jean, sous le titre distinctif de Jérusalem des vallées égyptiennes... Couplets chantés dans le banquet célébré par cette R⁂ L⁂ le 25e jour du 11e mois de l’an de la V⁂ L⁂ 5852 (25 janvier 1853, ère vulgaire)... (Signé : Boubée, Mosser aîné, Dechevaux-Duménil), Paris, impr. de A. Wittersheim, 1853.
Le Flambeau du monde (extrait du Franc-Maçon, n° 4 et n°5, avril-mai 1853), Paris, impr. de Lacour, 1853.
L’Arbre de vie... dédié au R. F. Hagerman…, Paris, impr. Lacour & Cie, 1855.
Souvenir d’une agape maçonnique offerte par le R⁂ F⁂ Liborio Duran,... aux RR⁂ FF⁂ C⁂ Hagerman,... Rudbeck,... et A⁂ Labitte,... le 25 mai 1856…, Paris, impr. de A. Lacour, 1856 (en ligne sur Gallica).
Hommage à la R. L. le Mont-Sinaï, dans sa fête solsticiale du 25 juillet 1863, à Paris…, Sèvres, impr. de Lefèvre (1863).
L’Amitié ou la Reine du monde, Paris, Librairie maçonnique, 1863.
Travaillons ! Hommage à M. Philippe Goelzer, chanté le jour de la fête annuelle, fête de famille qu’il donne à ses parents, à ses ouvriers et à ses amis, le 3 octobre 1864…, Paris, impr. de Bonaventure, Ducessois et Cie (1864).
Le Chant des sauveteurs de la Méditerranée, Paris, impr. de Bonaventure et Ducessois (25 avril 1865).
Les Agapes ; travail, plaisir et liberté, bonheur. Hommage à M. Philippe Goelzer... à l’occasion de la fête de famille qu’il donne chaque année à ses ouvriers (ses amis), Paris, impr. de Bonaventure et Ducessois (1868).

Sources

« Nom des principaux artistes et travailleurs appartenant à l’École sociétaire », Almanach social pour l’année 1840, Paris, Librairie sociale (1839), p. 185 (en ligne sur le site de la bibliothèque virtuelle, Les Premiers socialismes, Université de Poitiers).
« Souscription universelle pour la fondation du premier phalanstère », Almanach social pour l’année 1841, Paris, Librairie sociale (1840), pp. 157-168 (en ligne sur le site de la bibliothèque virtuelle, Les Premiers socialismes, Université de Poitiers).
« Liste des principaux artistes et travailleurs appartenant à l’École sociétaire résidan[t]s à Paris », Almanach social pour l’année 1841, Paris, Librairie sociale (1840), p. 171 (en ligne sur le site de la bibliothèque virtuelle, Les Premiers socialismes, Université de Poitiers).
« Faits divers », Le Nouveau Monde, 1er février 1841, p. 4.
« Travailleurs de l’École phalanstérienne », Le Premier Phalanstère, 15 février 1841, p. [4].
« Cinquième liste de la souscription pour la fondation du phalanstère d’enfants », Le Premier Phalanstère, 15 juin 1841, p. 4.
« Faits divers », Le Nouveau Monde, 1er mars 1843, p. 4.
Flora Tristan, Union ouvrière, édition populaire, Paris, Prévot, Rouanet, 1843, p. XVII (en ligne sur Galica->http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8626625v/f23.image]).
« Annonces gratuites », Bulletin phalanstérien, 14 septembre 1846, n° 2 p. 24.
La Démocratie pacifique, 17 janvier 1847, 21 février 1847, 7 mars 1847, 28 mars 1847, 16 mai 1847, 30 mai 1847, 27 juin 1847, 4 juillet 1847, 25 juillet 1847, 12 septembre 1847, 26 septembre 1847, 3 octobre 1847, 17 octobre 1847, 24 octobre 1847, 7 novembre 1847, 16 janvier 1848.
Le Journal des Travailleurs, 13 au 18 juin 1848 (reproduit dans Les Révolutions du XIXe siècle. 1848, la révolution démocratique et sociale, tome 8, Paris, EDHIS, 1984 (en ligne sur Gallica, vues 181-182).
Jean Gustave Wallon, Revue critique des journaux publiés à Paris depuis la révolution de février jusqu’à la fin de décembre, Paris, Bulletin de la censure, 1849, p. 91 (en ligne sur Internet Archive).
Hipollyte Colins, Qu’est-ce-que la science sociale ?, tome 4, Paris, Garnier, 1854, pp. 24-25 (en ligne sur Hathi trust->http://hdl.handle.net/2027/nyp.33433006028462]).
La Revue parisienne, novembre 1860, p. 4 (en ligne sur Gallica).
Le Rappel, 29 mars 1874 (en ligne sur Gallica).

Bibliographie

Thomas Bouchet, Les Fruits défendus, socialisme et sensualité du XIXe siècle à nos jours, Paris, Stock, 2014, p. 42.
Pierre Chevallier, Histoire de la Franc-Maçonnerie française, 2, La Maçonnerie missionnaire du Libéralisme (1800-1877), Paris, Fayard, 1993.
Claire Démar, Appel au peuple sur l’affranchissement de la femme : aux origines de la pensée féministe ; textes établis et présentés par Valentin Pelosse, nouv. éd. rev. et augm., Paris, Albin Michel, 2001, p. 222, note 1.
Ethel Harris, Lamartine et le peuple, Paris, J. Gamber, 1932, pp. 173-175.
Yves Hivert-Messeca, Napoléon, Lucien, "Plon-Plon" et les autres, la maçonnerie "officielle" sous le Second Empire, août 1994, en ligne sur le site de l’Institut d’études et de recherches maçonniques.


Index

Lieux : Paris, Seine

Notions : Election - Enfance - Franc-maçonnerie - Phalanstère - Poésie

Pour citer cette notice

SOSNOWSKI Jean-Claude, « Déchevaux-Dumesnil (ou Deschevaux-Dumesnil ou Déchevaux-Duménil), J. P. A. », Dictionnaire biographique du fouriérisme, notice mise en ligne en novembre 2014 : http://www.charlesfourier.fr/spip.php?article1494 (consultée le 6 septembre 2017).

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