retour au sommaire

FOURIER Charles : Citerlogue, accord de la morale avec les droits naturels par absorption composée (1994)

Précédé de En quête de réalité par Simone Debout, Fontfroide, Fata Morgana, 1994, 88 p.


Louis Ucciani  |  1996 / n° 7 |  décembre 1996



Pour citer ce document

UCCIANI Louis , « FOURIER Charles : Citerlogue, accord de la morale avec les droits naturels par absorption composée (1994)  », Cahiers Charles Fourier , 1996 / n° 7 , en ligne : http://www.charlesfourier.fr/spip.php?article143 (consulté le 24 septembre 2017).

Texte intégral

Ce court texte de Fourier offre une attaque de la morale civilisée, autour de ce qu’elle se fixe comme but, à savoir selon Corneille, la purgation des passions. « Quel triomphe pour la morale si je lui fournis un moyen assuré de purgation des passions ! ». Il s’agirait de purger les quelques passions qui « en Harmonie, sacrifieraient les intérêts de la masse pour servir ceux de quelques individus ». Le procédé s’appuie sur l’Absorption active ou passive appliquées à la chasse, la pêche, la cueillette et le pâturage. En découle une série d’éléments qui pourraient servir de base à un traité d’écologie ou de rationalisation des pratiques et activités rurales. La réponse à Corneille montre que l’Absorption des passions les purge en les généralisant : « ainsi pour opérer ce prodige que Corneille appelle la purgation des passions, l’harmonie n’a d’autre secrets que de les communiquer à tout le monde et d’admettre chacun à leur jouissance ». Notons un développement détonnant autour d’une défense du vol : « l’harmonie ne défend le vol à personne. C’est un des sept droits de nature. Tout être sortant des mains du Créateur commence par se faire voleur et prendre son nécessaire où il le trouve. Le vol est la première impulsion de la simple nature ». Non condamné, donc, en harmonie, il n’en est cependant pas moins absent puisqu’« en général, le vol cesse là où le besoin cesse et où l’homme intervient contre la passion du vol. Tels sont les deux absorbants qu’emploiera systématiquement l’harmonie ».

Le texte s’achève sur un dialogue entre un sauvage et un philosophe qui résonne avec une étrange actualité, là où le libéralisme économique est cible désignée : « lisez plutôt les économistes, les oracles de la sagesse moderne. Ils vous diront que sans argent, point de droits de l’homme ». L’échange se noue autour d’une tentative de la part du philosophe pour convaincre un sauvage des bienfaits de la civilisation :

« le philosophe

Sans doute et c’est là le bonheur du vrai républicain : mourir pour le bien du commerce et sacrifier sa vie pour jouir du beau nom d’homme libre.

le sauvage

Ouais ! Je ne donne pas dans ces niaiseries. Je veux manger ».

il aboutit à une critique radicale de la morale des civilisés qui a « dupé le genre humain comme elle a dupé ses oracles qui voient en définitive leur science tombée dans le mépris et ridiculisée par l’économisme qui vante l’amour des richesses ! ».

L’introduction due à Simone Debout analyse le texte de Fourier et rappelle la fonction particulière de sa vision utopique : « avec Fourier les images utopiques se déploient selon les pouvoirs passionnels d’accueillir, d’investir et de métamorphoser le réel, de faire exister en miroir les possibles du monde ».

Notons aussi, toujours chez Fata Morgana :

BRETON (André), Ode à Charles Fourier ; commentée par Jean Gaulmier et illustrée par Robert Lagarde, Fata Morgana, 1994, 160 p.

Les éditions Fata Morgana ont une longue tradition fouriériste, rappelons la publication en 1976 de Charles Fourier. Le Charme Composé, avec un portrait par Jean Messagier.


Louis Ucciani

Louis Ucciani

Louis Ucciani enseigne la philosophie à l’Université de Franche-Comté. Il collabore depuis leur création aux Cahiers Charles Fourier. Ses axes de recherche récents interrogent la genèse et la structure de l’art contemporain. Il a notamment publié Charles Fourier ou la peur de la raison (Paris, Kimé, 2000) ou encore de Saint-Augustin ou le livre du Moi (1998). Dernier ouvrage paru : Le geste du peintre (2003).


Les autres articles de Louis Ucciani





 . 

 . 

 .