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Le phalanstère représenté

Nathalie Brémand , Florent Perrier  |  2013 / n° 24 |  janvier 2014



Pour citer ce document

BRéMAND Nathalie, PERRIER Florent , « Le phalanstère représenté  », Cahiers Charles Fourier , 2013 / n° 24 , en ligne : http://www.charlesfourier.fr/spip.php?article1258 (consulté le 12 août 2017).

Texte intégral

Inhérente à la tradition même de l’utopie, une ambiguïté majeure travaille les écrits de Charles Fourier comme ceux des partisans de l’Ecole sociétaire : le phalanstère, sa création la plus célèbre aussi bien que la plus décriée, ne fut représenté qu’à de très rares occasions et, parfois, contre l’assentiment de ses promoteurs pourtant férus en matière d’urbanisme ou d’architecture. Aux nombreux textes qui décrivent en détails l’agencement comme le fonctionnement du palais sociétaire fait face, en effet, une pauvreté dans l’ordre de la figuration qui ne laisse pas d’interroger.
Le numéro 24 des Cahiers Charles Fourier a pour ambition de faire un premier point sur cette question en rassemblant, d’une part, un ensemble d’études et d’articles consacrés aux enjeux théoriques et pratiques de la représentation du phalanstère — cet ensemble comprenant aussi des écrits de Fourier et de Considerant publiés ici en intégralité et qui portent précisément sur la question du phalanstère représenté — et en constituant d’autre part, le plus exhaustif possible, un catalogue des représentations existantes qui, sous forme de gravures, peintures, esquisses, plans, caricatures, etc., donnent à voir, fidèles ou non au projet d’origine, ce qui a nom Phalanstère.
A ce cahier d’illustrations est annexée, chronologique, une biblio-iconographie où sont reportés tous les détails lisibles présents sur les représentations du Phalanstère et notamment, reproduits ici encore en intégralité, ces longs textes explicatifs et didactiques tournés vers la propagation des idées sociétaires et qui encadrent ou sous-tendent souvent ces images.
Assurément, ce travail collectif n’est qu’un début ; il appelle par exemple l’exploration systématique des nombreux journaux sociétaires, mais aussi de leurs archives comme celles des éditeurs fouriéristes où dorment sans doute toujours plans et représentations inédits. L’apparition de nouvelles techniques de reproduction du réel — la photographie pour commencer — mériterait de même, s’agissant de leur réception ou de leur utilisation/détournement par les membres de l’Ecole sociétaire, des articles spécifiques comme sembleraient importantes aussi bien qu’instructives des études monographiques détaillées sur les artistes qui prirent part ou furent associés à ces représentations du phalanstère. Si le corpus d’images apparaît aujourd’hui fort limité, les raisons de cette limitation (impossibilité technique, interdit idéologique, destruction d’archives, etc.) réclameraient aussi de plus amples développements ainsi que des études comparatives avec des situations proches dans le temps et l’espace ou similaires par leurs enjeux.
Volume à l’iconographie inédite, "Le phalanstère représenté" n’en explore pas moins, dans ses grandes lignes et grâce à des contributions aux points de vue ouverts en même temps que distincts, une problématique rarement étudiée pour elle-même. Le volume s’attache ainsi, d’une part, aux écarts entre le désir et la réalité figurée, entre le fouriérisme écrit et le fouriérisme illustré, que ces écarts soient les indices d’un jeu essentiel à la mise en mouvement d’un imaginaire productif ou qu’ils soient, au contraire, les traces d’un manque, d’un échec à rendre tangible la pièce maîtresse d’une inscription dans le réel. Il s’intéresse, d’autre part, aux conditions de production, de diffusion et de réception des plans et représentations d’expériences fouriéristes réalisées en France et à l’étranger. Il se questionne enfin sur ce que disent les figures de phalanstère des représentations que leurs auteurs se faisaient et se font du système fouriériste, cette approche pouvant porter jusqu’à l’époque actuelle.
Sans cesser d’interroger la matérialité même de pièces d’archives méconnues, toutes les réflexions ici rassemblées portent donc aussi sur ce qui ne fut ni montré ni dépeint, sur les oublis ou les silences qui, constituant un double fantomatique du phalanstère, rendent les hors champ de sa représentation plus passionnants encore. A cet égard, ce Cahier Charles Fourier souhaite être une contribution aussi bien rigoureuse que singulière sur les ambiguïtés traditionnelles qui habitent et traversent les rapports entre l’utopie et son image.


Nathalie Brémand
Florent Perrier

Nathalie Brémand

Conservatrice des bibliothèques, Nathalie Brémand est docteure en histoire et chercheuse associée de l’université de Poitiers.


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Florent Perrier

Florent Perrier est maître de conférences en esthétique et théorie de l’art à l’Université Rennes 2, chercheur associé à l’Institut Mémoires de l’édition contemporaine et aux archives Walter Benjamin (Berlin), auteur de topeaugraphies de l’utopie (Payot, 2015) ; il a codirigé trois livraisons des Cahiers Charles Fourier : « Walter Benjamin lecteur de Charles Fourier » (2010), "Le Phalanstère représenté" (2013), "Dans l’orbe du surréalisme. Charles Fourier redécouvert" (2016)


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