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Bernard Desmars  |  mise en ligne : juin 2013

Giudice, Luigi


Né le 1er septembre 1826, à Gênes (alors dans le royaume de Piémont-Sardaigne, aujourd’hui en Italie), décédé le 8 août 1901, à Saint-Martin d’Albaro (près de Gênes, Italie). Sculpteur. Membre de la Scuola Societaria Italiana (École Sociétaire Italienne). En relation avec Godin, du Familistère de Guise.


Élève de l’Académie des Beaux-Arts de Gênes, Luigi Giudice part en 1854 au Brésil pour y fonder une école de sculpture. Il séjourne un moment à Rio de Janeiro où il exécute plusieurs œuvres. C’est lors de son séjour à Rio qu’il est initié à la théorie sociétaire [1]. Il est décoré chevalier de l’ordre de la Rose du Brésil pour ses réalisations artistiques.

Il participe, peu après son retour en Italie, à la fondation dans les années 1870 d’un groupe phalanstérien réuni autour du chevalier d’Asarta et de l’ingénieur Dianoux, en relation avec le Centre sociétaire parisien. Ce groupe, quoique localisé à Gênes et n’ayant vraisemblablement guère d’influence au-delà, prend le nom de Scuola Societeria Italiana ; pendant plusieurs années, des banquets sont organisés autour du 7 avril pour célébrer l’anniversaire de la naissance de Fourier [2].

Lui-même est abonné au Bulletin du mouvement social, la revue fouriériste qui paraît dans les années 1870 [3]. En 1880, il s’engage à apporter pendant trois ans 20 francs chaque année pour assurer la survie de la Librairie des sciences sociales [4]. Puis, quand un nouveau groupe, la Ligue du progrès social s’efforce vers 1885-1886, sous l’autorité de Destrem, de réorganiser le mouvement sociétaire moribond, il lui apporte son adhésion [5]. Dans les mêmes années, il visite avec sa femme le familistère de Guise. Il est d’ailleurs abonné au Devoir, la revue publiée par Jean-Baptiste Godin [6]. Il envoie en 1887 au fondateur du Familistère un échantillon d’un produit qu’il a « composé et mis en commerce » et qu’il a appelé la « plastiline » ; elle doit « remplacer avec avantage la terre glaise que les sculpteurs emploient pour leurs modèles » ; Giudice assure que « beaucoup d’artistes distingués de plusieurs nations d’Europe et d’Amérique en font usage depuis longtemps, sans compter une trentaine de quintaux [qu’il a] envoyé [sic] au Japon par ordre de son gouvernement » ; il suggère à Godin de « voir si elle peut [lui] convenir dans [ses] ateliers de modelage » [7].

Au cours des années suivantes, il correspond avec le groupe de Destrem qui publie La Rénovation, organe auquel il est abonné. Dans la seconde moitié des années 1890, alors que le mouvement sociétaire s’est divisé en plusieurs courants, il entretient des relations avec le groupe de La Rénovation, dirigé par Alhaiza, et avec l’Union phalanstérienne et l’Ecole Sociétaire Expérimentale, les deux groupes fouriéristes dissidents [8]. Il apporte, en trois envois, 15,50 francs pour la réalisation de la statue de Fourier, érigée en 1899 [9]. A l’approche de la fin de l’année 1900, il écrit à Alhaiza :

Il faut lutter pour la vérité qui produira la justice éternelle par laquelle notre humanité entrera dans le grand concert de l’harmonie universelle.
... Quel malheur que les hommes en général soient si réfractaires à prendre connaissance de cette divine révélation ! Mais malgré tout, Sursum corda [Haut les cœurs] !

En Italie, le petit groupe génois, même s’il a perdu quelques-uns de ses membres, continue à se réunir le 7 avril. En 1897, l’assemblée a lieu chez Giudice lui-même (à la « Villa Giudice » à Gênes) ; dans un bref discours, le maître des lieux proclame la supériorité de la doctrine phalanstérienne sur les autres doctrines, et la nécessité de la mettre en pratique [10]. En 1901, toujours à la Villa Giudice, déplorant la méconnaissance dans laquelle reste cantonnée la pensée de Fourier, il porte un toast à sa mémoire et à la prospérité des Ecoles sociétaires, française et italienne [11].

Giudice consacre ses dernières années à la réalisation d’un bas-relief sur lequel il représente le génie de Fourier qui illumine les hommes et la série distribuant les harmonies. D’après une nécrologie rédigée par son condisciple Giuseppe Venzano, parue dans le journal génois Il Caffaro, l’œuvre, inachevée au moment du décès de Giudice, est destinée à un monument que le sculpteur souhaite élever à Fourier [12].

Les convictions fouriéristes de Luigi Giudice semblent partagées par sa femme (Maria Holvoel) et son fils qui restent en relation avec La Rénovation après 1902.


Bernard Desmars

Dernière mise à jour de cette fiche : juin 2013

Notes

[1Archives nationales, fonds Fourier et Considerant, 10 AS 36 (681 Mi 57), lettre du 7 février 1877 où Asarta dit que Giudice « a été initié à nos doctrines il y a une dizaine d’années à Rio [de] Janeiro ».

[2Bulletin du mouvement social, 15 avril 1877.

[3Ecole normale supérieure, fonds Considerant, carton 13, dossier 6, chemise 1, abonnements.

[4Archives nationales, fonds Fourier et Considerant, 10 AS 32 (681 Mi 53), librairie des sciences sociales, liste de souscripteurs, 1880 ; et Ecole normale supérieure, fonds Considerant, carton 2, dossier 8, liste de souscripteurs et des versements.

[5Médiathèque Jean-Jaurès (Nevers), fonds Morlon, 1364, dossier 7, Bulletin n°2 de la Ligue du progrès social.

[6Archives du Familistère de Guise, registre des abonnés au Devoir.

[7Archives du Familistère de Guise, lettre de Giudice à Godin, 29 mars 1887.

[8Annales sociétaires, n°1, 10 août 1898. Giudice envoie 6 francs à l’Union phalanstérienne.

[9La Rénovation, n°82, 31 décembre 1896 ; n°110, 30 avril 1899 et n°120, 28 février 1900.

[10Le Sociétaire, n°2, juillet 1897.

[11La Rénovation, n°135, 31 mai 1901.

[12La nécrologie parue dans Il Caffaro est reproduite dans La Rénovation, n°140, 31 octobre 1901.


Ressources

Sources
Archives nationales, fonds Fourier et Considerant, 10 AS 36 (681 Mi 57), lettre d’Asarta, 7 février 1877 ; 10 AS 38 (681 Mi 65, vue 228), lettre du 1er décembre 1876.
Archives du Familistère de Guise (Aisne), livre des visiteurs ; registre des abonnés au Devoir ; lettre du 29 mars 1887 de Luigi Giudice à Jean-Baptiste-André Godin (je remercie Frédéric K. Panni au conservateur du patrimoine, Familistère de Guise pour m’avoir fourni informations et documents provenant de ces archives).
Ecole normale supérieure, fonds Fourier et Considerant, carton 2, dossier 8 (souscriptions) et carton 4, dossier 3, chemise 2, abonnements.
Médiathèque Jean-Jaurès (Nevers), fonds Morlon, 1364, dossier 7, Bulletin n°2 de la Ligue du progrès social.
Annales sociétaires, n°1, 10 août 1898.
Bulletin du mouvement social, 15 janvier et 15 avril 1877.
La Rénovation, 1896-1901, et en particulier, n°135, 31 mai 1901, n°138, août 1901 et n°140, 31 octobre 1901.
Le Sociétaire, n°2, juillet 1897.

Bibliographie
E. Bénézit, Dictionnaire critique et documentaire des peintres, sculpteurs, dessinateurs et graveurs de tous les temps et de tous les pays, par un groupe d’écrivains spécialistes français et étrangers, Paris, Gründ, 1999 (nouvelle édition, sous la direction de Jacques Busse), tome 6 (ce dictionnaire – ainsi que le AllgemeinesKünstlerlexikon. Bio-bibliographischer Index A – Z, Munich – Leipzig, K.G. Saur, 2000 – situe, à tort, le décès de Giudice en 1892).

Iconographie
Portrait dans La Rénovation, n°140, 31 octobre 1901.
Archives nationales, 10 AS 35 (681 Mi 56, vues 112-113).


et sur ce site...

Giudice, Luigi
Ressources - Portraits de disciples dans La Rénovation - septembre 2004
article en texte intégral


Index

Lieux : Gênes, Italie - Rio de Janeiro, Brésil

Notions : Art - Banquets - Famille - Groupe local - Invention - Sculpture

Pour citer cette notice

DESMARS Bernard, « Giudice, Luigi », Dictionnaire biographique du fouriérisme, notice mise en ligne en juin 2013 : http://www.charlesfourier.fr/spip.php?article1207 (consultée le 21 août 2017).

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