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Bernard Desmars  |  mise en ligne : avril 2013

Imbert, Fleury


Né le 24 décembre 1795 (3 nivôse an IV) et décédé le 25 décembre 1851, à Lyon (Rhône). Médecin, chirurgien et professeur à l’École de médecine de Lyon. Auteur de travaux sur la phrénologie. Ancien saint-simonien. Président du conseil d’administration de l’Union agricole de Saint-Denis-du-Sig. Membre de l’Académie des sciences, belles-lettres et arts de Lyon.


Fils d’un marchand-négociant, Fleury Imbert fait ses études secondaires à Lyon et y commence ses études de médecine ; il les termine à la faculté de médecine de Paris où il soutient en 1819 sa thèse sur « l’histoire de la médecine et des médecins de Lyon, depuis la fondation de cette ville jusqu’au seizième siècle ». Il retourne ensuite s’installer dans sa ville natale, où il exerce d’abord dans un quartier populaire. Il obtient le poste de chirurgien-major à l’hôpital de la Charité en 1829, puis de médecin à l’Hôtel-Dieu en 1833 ; il enseigne également à l’École de médecine en tant que professeur d’accouchements et « des maladies des femmes » de 1830 à 1837 ; puis comme professeur d’histoire naturelle, de 1843 jusqu’à son décès. Membre titulaire de la Société de médecine, il est également le fondateur avec deux amis du Journal clinique des hôpitaux de Lyon [1]. C’est une personnalité connue du monde scientifique lyonnais et il est admis en 1837 à l’Académie des sciences, belles-lettres et arts de Lyon [2].

Il manifeste un intérêt prononcé pour les recherches médicales et scientifiques novatrices ; il s’intéresse au magnétisme ainsi qu’à la phrénologie, fondée par Franz Joseph Gall. Dès 1826, il donne un cours de phrénologie à Lyon ; dans un Avis aux artistes lyonnais, publié en 1829, il répond à diverses accusations portées contre la phrénologie – notamment celles selon lesquelles cette science conduirait au matérialisme et à l’athéisme – et demande aux artistes de donner « à la copie du crâne et de ses différentes régions une attention particulière » :

Vous ne parviendrez à cette perfection, je le répète, à laquelle vous devez tendre sans cesse, qu’autant que vous aurez représenté le crâne avec cette exactitude minutieuse que Lavater recommandait tant pour la physionomie ; c’est sur la face que se peignent les passions qui nous animent, c’est sur le crâne que vous devez lire celles dont nous sommes susceptibles [3].

Membre correspondant de la Société phrénologique, il collabore à son journal. Il publie également, sous son nom ou sous le pseudonyme du Dr A. Ombros, plusieurs études phrénologiques, sur Descartes, Napoléon Ier, ainsi qu’un Voyage phrénologique à la Grande-Chartreuse, « petit conte philosophique » constitué de scènes dialoguées « dans lequel M. Imbert a voulu prouver que nos facultés sont innées », selon l’Académie des sciences, belles-lettres et arts [4]. Par ailleurs, en 1833, il épouse à Montrouge (Seine) la veuve de Franz Joseph Gall (décédé en 1828 dans la même commune), Marie-Anne Barbé, originaire de Nancy [5].

Saint-simonien au tout début des années 1830 [6], Fleury Imbert évolue ensuite vers le fouriérisme, à la suite de Jules Lechevalier à qui il écrit en août 1832 :

Comme vous Monsieur j’ai été saint-simonien, mais comme je n’avais cherché dans le simonisme [sic] qu’un plan d’association, qu’un moyen d’améliorer le sort de la classe la plus pauvre et la plus nombreuse, j’ai dû me rattacher à M. Fourier aussitôt que j’ai pu le comprendre. Il y a dix ans en effet que la théorie des quatre mouvements était pour moi un sujet de rire et de plaisanterie. Grâce à vous, j’y vois à présent un des ouvrages les plus étonnants qui soient sortis d’un cerveau humain. Il avait besoin d’être traduit et commenté, vous vous êtes chargé de ce rôle ingrat et vous vous en êtes acquitté avec le talent dont vous aviez donné tant de preuves [7].

Imbert s’abonne au Phalanstère et manifeste son « plus vif intérêt [pour] l’admirable projet dont vous préparez l’exécution », c’est-à-dire l’essai phalanstérien de Condé-sur-Vesgre. En septembre 1833, avec l’ouvrier imprimeur Rivière et le tisseur Joseph Reynier, il participe à l’organisation des conférences fouriéristes d’Adrien Berbrugger à Lyon [8]. Cependant, en 1836, il ne semble plus vraiment se situer à l’intérieur du mouvement fouriériste, même s’il s’abonne à La Phalange  ; il écrit à Victor Considerant afin d’avoir des réponses sur « votre théorie sociale », qui ne semble donc plus être la sienne ; ses interrogations portent sur Dieu, l’âme, le libre-arbitre et aussi sur la scientificité de « votre doctrine » ;

Depuis cinq ans, je l’étudie sans trouver la solution de ces questions fondamentales, j’ai lu tous les livres de l’Ecole sociétaire, j’y ai vu des assertions, mais non des preuves. J’ai vu beaucoup de disciples de cette école et je n’en ai pas rencontré un seul qui ait pu me dire sur quoi reposaient ses croyances. Je désirerais cependant savoir une fois pour toutes si Fourier se présente à nous comme un savant ou comme un prophète, s’il veut donner les preuves de ses principes, ou s’il entend les faire accepter comme des articles de foi [9].

Dans un ouvrage publié cette même année 1836 (Le Dr Ombros à M. Victor Considerant. Lettre d’un disciple de Gall à un disciple de Fourier), il s’efforce de montrer les affinités entre la théorie sociétaire et la phrénologie et surtout leur complémentarité ; la phrénologie peut fournir à la science sociale une connaissance véritablement objective de l’homme et de ses facultés ; tandis que la doctrine sociétaire permet aux partisans de la phrénologie de sortir de débats purement spéculatifs en leur offrant un projet de réforme sociale ; aussi prône-t-il le rassemblement des partisans de Gall et des disciples de Fourier [10].

Dans les années 1840, la phrénologie semble tenir moins de place dans ses travaux scientifiques. Il est toujours en relation avec les fouriéristes lyonnais, tels que son confrère François Barrier et les avocats Juif et Morellet. Avec plusieurs d’entre eux, il participe à la création de l’Union agricole d’Afrique, en 1845, en tant que président du comité d’organisation chargé d’effectuer les premières démarches et d’élaborer les statuts ; puis, il souscrit au capital de la société (il acquiert pour 1 000 francs d’action) et devient le président du premier conseil d’administration de l’entreprise qui obtient en novembre 1846 la concession d’un vaste terrain à Saint-Denis-du-Sig, en Algérie. Ses fonctions cessent en août 1847, quand les administrateurs lyonnais démissionnent et que le conseil se déplace à Besançon [11].

Il semble ensuite prendre un peu de recul, à la fois par rapport à l’Union du Sig et par rapport au mouvement fouriériste.


Bernard Desmars

Dernière mise à jour de cette fiche : novembre 2014

Notes

[1Marc Renneville, Le Langage des crânes. Une histoire de la phrénologie, Paris, Institut d’édition Sanofi-Synthélabo, 2000, p.154-155.

[2Compte rendu des séances de l’Académie nationale des sciences, belles lettres et arts de Lyon, 1850, liste des membres titulaires, section des sciences naturelles.

[3Avis aux artistes lyonnais, Lyon, Imp. de Brunet, 1829, p. 11 et 12.

[4Compte rendu des travaux de l’Académie royale des sciences, belles-lettres et arts de Lyon pendant l’année 1836, p. 58.

[5Archives départementales des Hauts-de-Seine, état civil de Montrouge, acte de mariage de Fleury Imbert et Marie Anne Barbé. L’un des témoins est Charles Harel, adepte de la phrénologie et futur membre de l’Ecole sociétaire.

[6Le fonds Enfantin, à la bibliothèque de l’Arsenal possède une lettre de Fleury datée du 26 janvier 1832, signalée dans la notice « Imbert (Dr) » du Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier.

[7Archives nationales, fonds Fourier et Considerant, 10 AS 39 (681 Mi 65), lettre de Imbert à Lechevalier, 16 août 1832.

[8D’après Marc Renneville, Le Langage des crânes…, op. cit. Voir sur ce site la notice Berbrugger par Thomas Bouchet, sur le Dictionnaire biographique du fouriérisme.

[9Archives nationales, fonds Fourier et Considerant, 10 AS 39 (681 Mi 65, vues 428-429), lettre de Imbert à Considerant, 16 août 1836.

[10Loïc Rignol, « La phrénologie et l’école sociétaire. Science de l’homme et socialisme dans le premier XIXe siècle », Cahiers Charles Fourier, n°13, décembre 2002, p. 21-58 (en ligne sur le site de l’Association d’études fouriéristes).

[11Bulletin de l’Union agricole du Sig. juillet-août 1850, p. XXII. (récit des premiers temps de l’Union agricole).


Ressources

Œuvres

Essai sur l’histoire de la médecine et des médecins de Lyon, depuis la fondation de cette ville jusqu’au seizième siècle, thèse de médecine de l’université de Paris, 1819.
Avis aux artistes lyonnais, Lyon, Imp. de Brunet, 1829, 12 p. (en ligne sur Google livres).
De l’observation dans les grands hôpitaux et spécialement dans ceux de Lyon. Discours prononcé devant l’administration des hôpitaux de Lyon dans sa séance publique du 27 août 1830, Lyon, Imp. de L. Perrin, 1830, 60 p. (en ligne sur Gallica).
Nouveau pelvimètre, Lyon, Imp. de L. Perrin, 1832, 12 p. et pl. (en ligne sur Gallica).
De la Nécessité d’une théorie en médecine. Discours prononcé pour l’ouverture des cours de l’École secondaire de médecine de Lyon, le 7 novembre 1832, Lyon, Imp. de G. Rossary, 1833, 29 p.
Étude phrénologique du masque de Napoléon, Lyon, Imp. de G. Rossary, 1834, 14 p. (publié sous le pseudonyme du Dr A. Ombros).
Étude phrénologique de Descartes, Lyon, Imp. de G. Rossary, 1834, 28 p. (publié sous le pseudonyme du Dr A. Ombros).
Voyage phrénologique à la Grande-Chartreuse, Lyon, Imp. de G. Rossary, 1835, 15 p. (publié sous le pseudonyme du Dr A. Ombros) (en ligne sur Gallica).
Le Dr Ombros à M. Victor Considerant. Lettre d’un disciple de Gall à un disciple de Fourier, Lyon, Imp. de G. Rossary, 1836, 23 p. (publié sous le pseudonyme du Dr A. Ombros) (en ligne sur Google livres).
De la Vérité historique dans la tragédie, dissertation lue dans la séance publique de l’Académie de Lyon, le 29 décembre 1837, Lyon, Imp. de G. Rossary, 1838, 20 p. (en ligne sur Gallica).
Traité théorique et pratique des maladies des femmes, Paris, G. Baillière, 1839.
Rapport sur la composition et les propriétés de l’eau des sources de Roye, de Ronzier, de Fontaine, de Neuville, etc., étudiées comparativement à l’eau du Rhône, par une commission créée en vertu d’un arrêté de M. le préfet du département du Rhône, Lyon, Imp. de L. Perrin, 1840, 41 p.
Leçon phrénologique du professeur Imbert sur la tête du supplicié Anthelme Perrin, rédigée par le Dr Joseph Duchêne, Lyon, Imp. de Marle aîné, 1844, 23 p. (extrait du Journal de médecine, novembre 1844) ; réédition Paris, Imp. de Motteroz, 1879, 16 p. (édition de 1879 en ligne sur Gallica).
Accouchement de Thamar. Dissertation lue à l’Académie de Lyon, dans sa séance du 6 décembre 1845, Lyon, Imp. de L. Boitel, 1846, 24 p. (en ligne sur Gallica).
Des Crèches et de l’allaitement maternel. Lettre au Dr Barrier, Paris et Lyon, 1847, 48 p.

Sources
Archives nationales, 10 AS 39 (681 Mi 65, vues 307-308), lettre de Fleury Imbert à Jules Lechevalier, 16 août 1832 ; 10 AS 39 (681 Mi 65, vues 428-429), lettre de Imbert à Considerant, 16 août 1836.
Bibliothèque de l’Arsenal, fonds Enfantin, ms.7604/59, lettre de Fleury Imbert, 26 janvier 1832.
Archives départementales des Hauts-de-Seine, état civil de Montrouge, acte de mariage du 17 avril 1833 (en ligne sur le site des Archives des Hauts-de-Seine, vue 9).
Archives municipales de Lyon, état civil de Lyon, acte de naissance du 4 nivôse an IV (en ligne sur le site des Archives municipales de Lyon, vue 33).
Archives municipales de Lyon, état civil de Lyon, acte de décès du 26 décembre 1851 (en ligne sur le site des Archives municipales de Lyon, vue 322).
Notice nécrologique sur le docteur Fleury Imbert, Lyon, Imp. de Boursy, s. d. [1851 ou 1852], 3 p. (en ligne sur Gallica).
Eloge historique de Fleury Imbert, Lyon, Imp. L. Perrin, 1853, 3 p.
Joseph Duchêne (Dr), Le Docteur Imbert et ses théories médico-philosophiques, Lyon, Imp. de Chanoine, 1853, 20 p.
Bulletin de l’Union agricole du Sig. juillet-août 1850 (avec le récit des premiers temps de l’Union agricole).
Bulletin de l’Union agricole d’Afrique, à Saint-Denis-du-Sig, année 1852, 1er trimestre (liste des actionnaires de l’Union).

Bibliographie
« Imbert (Dr) », Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier, Paris, l’Atelier, 1997, CD-Rom ; notice en ligne sur le Maîtron en ligne).
Marc Renneville, Le Langage des crânes. Une histoire de la phrénologie, Paris, Institut d’édition Sanofi-Synthélabo, 2000, 354 p.
Loïc Rignol, « La phrénologie et l’école sociétaire. Science de l’homme et socialisme dans la première moitié du XIXe siècle », Cahiers Charles Fourier, n°13, décembre 2002, p. 21-58 (en ligne sur le site de l’Association d’études fouriéristes).
Fernand Rude, « Entre le libéralisme et le socialisme. Quelques médecins lyonnais aux temps romantiques », dans « Lyon et la médecine, 43 av. J.C.-1958 », numéro spécial de la Revue lyonnaise de médecine, décembre 1958, p. 159-182.
Fernand Rude, « Les Saint-simoniens et Lyon », Actes du 89e congrès national des sociétés savantes, Lyon, 1964, section d’histoire moderne et contemporaine, Paris, Imprimerie nationale, 1964-1965, tome 2, volume 1, p. 331-349.

Sitographie
Notice sur Fleury Imbert, en ligne sur le site de la Société des études saint-simoniennes, sur une page concernant la place des médecins dans le mouvement saint simonien.


et sur ce site...

Loïc Rignol La phrénologie et l’école sociétaire
Science de l’homme et socialisme dans le premier XIXe siècle
Cahiers - 2002 / n° 13 - décembre 2002
résumé | abstract | article en texte intégral


Index

Lieux : Lyon, Rhône

Notions : Médecine - Phrénologie - Sciences - Sociétés savantes - Union agricole d’Afrique

Pour citer cette notice

DESMARS Bernard, « Imbert, Fleury », Dictionnaire biographique du fouriérisme, notice mise en ligne en avril 2013 : http://www.charlesfourier.fr/spip.php?article1183 (consultée le 6 novembre 2017).

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