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Bernard Desmars  |  mise en ligne : décembre 2012

Silberling, (François Henri) Édouard


Né le 2 novembre 1808 à Strasbourg (Bas-Rhin), décédé le 8 mars 1876 à Strasbourg (alors dans l’Empire allemand). Agent d’une compagnie d’assurance et d’une caisse de libération hypothécaire. Correspondant du groupe fouriériste strasbourgeois dans les années 1840. Animateur d’un club républicain sous la Seconde République.


Edouard Silberling, dont le père est qualifié successivement de « bachelier en droit » (lors de la naissance d’Edouard), de notaire et d’agent d’affaires, fait partie du groupe fouriériste de Strasbourg, dès 1833 semble-t-il [1] ; en 1836, il figure sur une liste des abonnés envoyée par Carnari (voir ce nom), l’animateur de ce groupe et le correspondant de l’École à Strasbourg [2]. L’année suivante, au lendemain d’un appel à souscription lancé par Considerant dans La Phalange afin de financer les études et les plans d’un essai sociétaire, il s’engage pour 200 francs auprès du Centre parisien, tout en promettant de faire son possible pour augmenter cette somme [3].

En 1838, au moment de son mariage avec la fille d’un cordonnier de Strasbourg, Édouard est directeur de la « caisse de libération des dettes hypothécaires » et agent pour la compagnie d’assurance contre l’incendie, le Réparateur. Au moins quatre enfants naissent : Edouard (fils), Maximilien, Armand et Charles, ce dernier mourant vers l’âge de deux ans ; les deux premiers embrassent les convictions fouriéristes de leur père, ce qui ne semble pas être le cas du troisième, futur officier de l’infanterie.

Dans les années 1840, après le décès de Carnari, Silberling est désigné par un de ses condisciples strasbourgeois comme le correspondant, ou le « représentant » du groupe fouriériste local [4].

Démocrate-socialiste sous la Seconde République

Après la révolution de février 1848, Edouard Silberling est très actif dans les milieux républicains et dans les clubs politiques qu’il semble fréquenter régulièrement. Il est membre du club de la Réunion des arts ; mais il assiste aussi à quelques réunions du club de la rue Sainte-Hélène, où, selon le rapport d’un commissaire de police, il affirme le 11 mai 1849 que « le Ministère ainsi que le président de la République [ont] sacrifié l’honneur de la France en envoyant une armée en Italie pour anéantir la République romaine » ; il propose aux participants de signer un texte « adressé à la Chambre future pour la mise en accusation du ministère et du président de la République » [5]. Ces activités lui valent des poursuites en 1849, à la suite en particulier de troubles qui éclatent à Strasbourg le 14 juin, et qui sont interprétés par les autorités comme une tentative insurrectionnelle liée à la manifestation qui a eu lieu la veille à Paris. Avec neuf autres personnes, dont Émile Kuss, professeur à la faculté de médecine de Strasbourg et gérant du Démocrate du Rhin, il se retrouve inculpé « d’attentat ou complot ayant pour but de changer ou de détruire le gouvernement de la République et d’excitation à la guerre civile » ; finalement, sept accusés sont renvoyés devant les assises ; deux s’étant enfuis, ils ne sont que cinq, dont Silberling, à être écroués, puis traduits, non devant la cour d’assises du Bas-Rhin, à Strasbourg, où ils auraient pu bénéficier de sympathies au sein du jury, mais à Metz où le procès se déroule en octobre 1849.

On reproche aux accusés d’appartenir à un « comité démocratique central » qui aurait favorisé l’agitation politique par les articles publiés dans la presse et les discours prononcés dans les clubs, puis qui aurait organisé des manifestations à Strasbourg et dans plusieurs villes du Bas-Rhin, du 14 au 16 juin. Silberling aurait dans un club, le 9 juin, demandé l’institution d’un comité de salut public, et se serait de façon générale signalé par « l’exagération de ses propositions » ; le 14, il aurait même souhaité que les manifestants, dont les gardes nationaux, s’emparent de la citadelle de Strasbourg et fraternisent avec les soldats ; il serait ensuite intervenu afin que l’agitation continue les jours suivants. Lors de son interrogatoire, Siliberling affirme ses convictions : « mon opinion est que la démocratie n’est pas encore établie, en ce sens que l’exploitation de l’ouvrier par le maître n’a pas encore disparu » ; il se prononce pour « le droit au travail » ; il reconnaît avoir proposé le 9 juin la création d’un comité de salut public, mais, précise-t-il, « il n’est nullement entré dans mon esprit d’évoquer les souvenirs de 93 que j’ai toujours blâmés et combattus » ; et il nie avoir appelé à l’insurrection ou participé à un complot. Finalement, tous les accusés sont acquittés [6].

A la même époque, il est également poursuivi devant le tribunal correctionnel de Strasbourg pour escroquerie, mais est également acquitté pour cette affaire, le tribunal soulignant même l’honnêteté du prévenu [7].

Il reprend ensuite ses activités professionnelles, et ne semble pas avoir été inquiété lors du coup d’État du 2 décembre 1851. Au début du Second Empire, l’Almanach alsacien le présente comme un « agent d’affaires » avec les activités suivantes : « Affaires de famille, successions à l’intérieur et à l’étranger, affaires judiciaires et administratives, comptabilité, règlement de comptes, liquidations, commissions de ventes, d’achats de placements hypothécaires, rédactions, correspondances, etc. » [8]

En 1871, au lendemain de la guerre franco-prussienne et malgré l’annexion de l’Alsace à l’Empire allemand, il reste à Strasbourg, alors que ses fils rejoignent la France (Edouard et Armand) ou l’Autriche (Maximilien). « Après 42 jours de bombardement continu, nous voilà allemands, mais j’espère pour un temps seulement », écrit-il en mars 1871 à Jouanne, le fondateur de la Maison rurale à Ry (Seine-Maritime) auquel il apporte son soutien moral et financier : « il est temps de se mettre à l’œuvre et surtout de faire converger nos efforts sur un seul point » ; certes, « on parle dans le vide dès qu’on parle d’autre chose que de la guerre. Ayons toutefois bon courage et serrons nos rangs, nous savons que la victoire est pour nous » [9].


Bernard Desmars

Dernière mise à jour de cette fiche : décembre 2012

Notes

[1Archives nationales, 10 AS 30 (681 Mi 49), liste des militants du groupe strasbourgeois, 6 août 1836 ; en face de chaque nom, il y a une année – 1833 pour Silberling – qui semble correspondre au moment de l’adhésion au fouriérisme.

[2Archives nationales, 10 AS 37 (681 Mi 59), lettres de Carnari au Centre sociétaire, 29 juillet et 7 septembre 1836.

[3Archives nationales, fonds Fourier, 10 AS 30 (681 Mi 49), note de Considerant signalant l’engagement de Silberling.

[4Archives nationales, 10 AS 36 (681 Mi 57, lettre d’Ammel au centre parisien ; 29 mai 1843.

[5Archives départementales du Bas Rhin, 3 M 72, dossier sur le club de la rue Sainte-Hélène.

[6Supplément au Républicain de la Moselle (n°120-123). Cour d’assises de la Moselle. Procès des accusés de Strasbourg, 17-22 octobre 1849, Metz, Imp. Toussaint, s. d. [1849], 88 p.

[7Archives départementales du Bas Rhin, 3 M 79, dossier sur le procès de Metz.

[8Almanach alsacien. Répertoire commercial, industriel, administratif et statistique du Haut et du Bas-Rhin – 1854, Strasbourg, Au Bureau, 1854.

[9Ecole sociétaire – Maison rurale d’enfants à Ry (Seine-Inférieure), mars 1871, lettre de Silberling, 16 mars 1871 ; avril 1871.


Ressources

Sources
Archives nationales, 10 AS 30 (681 Mi 49), liste des fouriéristes strasbourgeois en 1836 ; et engagement de Silberling pour la souscription destinée à financier les plans d’un essai sociétaire, juillet 1837.
Archives départementales du Bas-Rhin, 3 M 72, dossiers sur les clubs politiques sous la Seconde République ; 3 M 79, dossier sur le procès de Metz, 1849.
Archives départementales du Bas-Rhin, état civil, acte de naissance du 2 novembre 1808, acte de mariage du 17 février ; acte de décès du 8 mars 1876 ; actes de naissance des enfants Edouard (7 juillet 1838), Charles (8 juin 1840), Maximilien (21 janvier 1842) ; acte de décès de Charles (20 mars 1848).
Supplément au Républicain de la Moselle (n°120-123). Cour d’assises de la Moselle. Procès des accusés de Strasbourg, 17-22 octobre 1849, Metz, Imp. Toussaint, s. d. [1849], 88 p. (En ligne sur Gallica).
Almanach alsacien. Répertoire commercial, industriel, administratif et statistique du Haut et du Bas-Rhin – 1854, Strasbourg, Au Bureau, 1854, 694 p.
Ecole sociétaire – Maison rurale d’enfants à Ry (Seine-Inférieure), mars 1871 et avril 1871.

Bibliographie
Paul Muller, La Révolution en 1848 en Alsace, avec une biographie de parlementaires alsaciens de 1789 à 1871, Paris, Fischbacher, 1912, 247 p. (En ligne sur Gallica).
François Igersheim, Politique et administration dans le Bas-Rhin. 1848-1870, Strasbourg, Presses universitaires de Strasbourg, 1993, 831 p.


Index

Lieux : Bas-Rhin - Strasbourg, Bas-Rhin

Notions : Démocrate-socialiste - Groupe local - Politique

Pour citer cette notice

DESMARS Bernard, « Silberling, (François Henri) Édouard », Dictionnaire biographique du fouriérisme, notice mise en ligne en décembre 2012 : http://www.charlesfourier.fr/spip.php?article1070 (consultée le 4 août 2017).

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