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Bernard Desmars  |  mise en ligne : décembre 2012

Gouté, Charles (Alexandre)


Né le 4 juillet 1815 à Blois (Loir-et-Cher), décédé le 11 avril 1899, à Ouchamps (Loir-et-Cher). Epoux de la fouriériste Héloïse Gouté. Militant républicain très actif dans les clubs en 1848. Partisan des essais sociétaires et souscripteur de plusieurs d’entre eux.


Charles Gouté est le fils de Jacques Marin Gouté, marchand de cuir et propriétaire, et de Margueritte Joséphine Caroline Bertheaulme, demeurant à Blois.

Fouriériste et républicain

Il a peut-être sympathisé avec Blanqui, dont son frère Edouard Gouté était un ami et un correspondant dans les années 1840 [1]. Cependant, il adhère aux idées phalanstériennes dès la monarchie de Juillet ; en 1888, il indique qu’il suit l’École sociétaire depuis 44 ans, soit depuis 1844 [2] ; et selon l’auteur de sa nécrologie, dans Le Républicain de Loir-et-Cher, « il fut pendant toute la période active de son existence l’ami et le collaborateur de Victor Considerant et de Cantagrel » [3].

Il est un partisan de la réalisation, et d’après un texte datant de la fin du XIXe siècle, il aurait apporté – on ne sait sous quelle forme – « sa participation généreuse aux tentatives phalanstériennes, d’abord du docteur Mur [sic] au Brésil […], puis celle de Condé-sur-Vesgre » [4].

Républicain, il est très actif dans les clubs politiques de Blois après février 1848, où « les fouriéristes se [seraient] assurés la direction des clubs des ouvriers » ; il est lui-même trésorier du Comité des travailleurs [5]. Son travail de propagande socialiste attire l’attention des autorités, et au lendemain du coup d’État de 1851, il est menacé de poursuites ; des ouvrages de Fourier sont trouvés lors d’une perquisition chez lui et son frère, seul le second, déjà poursuivi sous la Seconde République et un moment réfugié à Londres, étant finalement condamné et déporté à Lambessa, en Algérie.

Projets réalisateurs

Gouté quitte Blois et travaille quelque temps comme « sous-chef de fabrication » dans une chaudronnerie du Havre. Il souhaite participer à la colonie de Réunion au Texas et s’embarque pour l’Amérique du Nord ; mais arrivé à New York, il apprend l’échec de l’entreprise et revient en France. Il s’installe à Paris et travaille pendant un temps à la construction du chemin de fer de ceinture [6]. Puis il rentre à Blois, ayant conservé ses convictions phalanstériennes. Lui et sa femme envoient des textes aux périodiques dirigés par l’ancien fouriériste Riche-Gardon, tels que La Renaissance, Le Déiste rationnel et La Bonne nouvelle. Probablement dans la seconde moitié des années 1860, Gouté s’installe avec sa femme Héloïse dans une propriété à Ouchamps, près de Blois. Il est désormais qualifié de propriétaire dans les actes d’état civil et dans les recensements. Rapidement, il entre au conseil municipal ; il y siège jusqu’à son décès, soit pendant une trentaine d’années.

Charles Gouté et son épouse apportent leur soutien financier aux diverses entreprises d’inspiration sociétaire, même si l’on a des difficultés à distinguer la part de chacun d’entre eux. Ils subventionnent la Maison rurale fondée à Ry par le Dr Jouanne, le versement des sommes (250 francs ou 180 francs, selon les sources), étant attribué tantôt à Charles, tantôt à Héloïse. Le Bulletin de la maison rurale reproduit des passages des lettres de Charles Gouté, qui s’y montre partisan résolu de l’essai sociétaire. Il souhaite la constitution de groupes et la formation d’un capital afin de passer à la réalisation [7].

Vers 1870-1872, il devient actionnaire de la société exploitant la librairie des sciences sociales, qu’il soutient de ses envois d’argent jusqu’au début des années 1880 [8]. Il est également abonné au Bulletin du mouvement social qui paraît à partir de 1872 [9] ; il continue sa correspondance avec Riche-Gardon qui reproduit plusieurs de ses textes dans son nouveau périodique, La Bonne nouvelle.

En 1888, Destrem, à la tête d’un nouveau groupe sociétaire, lance une revue, La Rénovation. Charles Gouté, ainsi que sa femme et ses enfants, s’y abonnent très tôt [10]. Dans les années suivantes, ses versements annuels à l’Ecole sociétaire vont d’ailleurs bien au-delà du simple montant de l’abonnement.

Il apporte aussi sa contribution financière à l’édification de la statue de Fourier : selon La Rénovation, il envoie neuf fois la somme de 16 francs, « chiffre qu’il affectionnait comme annonçant le nombre de formes ou périodes sociales successives dont le maître veut que se compose la complète évolution humanitaire » [11].

Action locale

Son engagement sociétaire s’exprime également au niveau local : il est connu comme professant les idées de Fourier, les listes préfectorales des conseillers municipaux le décrivant par exemple comme « socialiste phalanstérien » ainsi que comme « républicain » [12]. Il fait don à une bibliothèque dirigée par la Société d’Instruction populaire du faubourg de Vienne, dans la commune de Blois, de toutes les œuvres de Fourier. Ceci rejoint d’ailleurs son investissement en faveur de l’éducation populaire : à Ouchamps même, il fonde une bibliothèque qu’il soutient de ses propres fonds et qui, au moment de sa mort, compte plus de 300 volumes. C’est également un partisan de l’école laïque, « qu’il considérait de première nécessité pour le bonheur de nos sociétés », rappelle-t-on lors de ses obsèques. Il est encore un militant pacifiste, membre de l’Association internationale pour l’arbitrage et la paix [13].

Le 11 avril 1899, Charles Gouté meurt d’une congestion pulmonaire, selon un journal local qui ajoute : « nous n’avons pas besoin de dire que ce vénérable lutteur, qui n’a jamais connu de défaillances dans sa vie, sera conduit à sa dernière demeure en dehors de toute assistance religieuse » [14]. Des périodiques blésois organisent un convoi de plusieurs voitures afin que les habitants de Blois qui le souhaitent puissent se rendre à Ouchamps. Entre 800 et 1 200 personnes, selon les journaux, assistent à ces obsèques civiles. La compagnie des pompiers et les enfants des écoles font une haie d’honneur au cortège, à la tête duquel se trouve le conseil municipal. Plusieurs discours sont prononcés près de la tombe, notamment par le maire de Blois et celui d’Ouchamps ; ils font l’éloge du défunt, rappellent ses convictions phalanstériennes et républicaines, son action en faveur de l’instruction populaire et de la libre pensée, sa croyance en l’existence au-delà de la mort et en la réincarnation. L’inscription suivante est gravée sur le monument funéraire familial : « 4e tombe ici de la Libre pensée » [15].

Le lendemain des obsèques, sa famille fait distribuer du pain aux pauvres d’Ouchamps et des communes environnantes.


Bernard Desmars

Dernière mise à jour de cette fiche : mai 2014

Notes

[1Le Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier indique que « comme son frère cadet Edouard Gouté, [Charles Gouté] fut un ami et un correspondant à Blois d’Auguste Blanqui ». Notices « Charles Gouté » et « Edouard Gouté ».

[2La Rénovation, n°2, 20 avril 1888, correspondance de Gouté.

[3Le Républicaine de Loir-et-Cher, 12 avril 1899, « Mort de M. Charles Gouté ».

[4La Rénovation, n°92, 31 octobre 1897.

[5Jean Dupuy, « Le socialisme en Loir-et-Cher de 1795 à 1852 », Bulletin de la Société archéologique, scientifique et littéraire du Vendômois, 1961, p. 43 et p. 48.

[6D’après le discours prononcé par le maire de Blois, lors des obsèques de Gouté, L’Indépendant de Loir-et-Cher et Le Républicain de Loir-et-Cher, 19 avril 1899.

[7L’Éducation nouvelle, avril 1875, p. 15-16 et avril 1876, p. 6-8.

[8Archives nationales, fonds Fourier et Considerant, 10 AS 34 (681 Mi 54), liste des souscripteurs en retard dans leurs versements à la librairie des sciences sociales, 1882. École Normale Supérieure, fonds Considerant, carton 2 dossier 8, liste des souscripteurs à la librairie des sciences sociales, 1880 ; carton 3, dossier 3, conseil d’administration du 12 avril 1872, avec nom des nouveaux actionnaires.

[9Archives nationales, fonds Fourier et Considerant, 10 AS 38 (681 Mi 64), lettre de Charles Gouté à Eugène Nus, 7 décembre 1872.

[10La Rénovation, n°2, 20 avril 1888.

[11La Rénovation, n°110, 30 avril 1899, nécrologie de Charles Gouté.

[12Archives départementales du Loir-et-Cher, registres des conseillers municipaux, 1892-1896 et 1896-1900.

[13Ces informations sont fournies par les maires d’Ouchamps et de Blois, lors des obsèques de Gouté. Elles sont retranscrites dans Le Républicain de Loir-et-Cher et dans L’Indépendant de Loir-et-Cher, 19 avril 1899.

[14Le Républicain de Loir-et-Cher, 12 avril 1899.

[15L’Indépendant du Loir-et-Cher, 12 avril 1899.


Ressources

Sources
Archives nationales, fonds Fourier et Considerant, 10 AS 33 (681 Mi 54), liste des souscripteurs en retard dans leurs versements à la librairie des sciences sociales, 1882. 10 AS 38 (681 Mi 64), lettre de Charles Gouté à Eugène Nus, 7 décembre 1872.
École Normale Supérieure, fonds Considerant, carton 2 dossier 8, liste des souscripteurs à la librairie des sciences sociales, 1880 ; carton 3, dossier 3, conseil d’administration du 12 avril 1872, avec nom des nouveaux actionnaires.
Archives départementales de Loir-et-Cher, état civil de Blois, acte de naissance du 5 juillet 1815 (en ligne sur Archives départementales du Loir-et-Cher vue 258).
Archives départementales du Loir-et-Cher, état civil d’Ouchamps, acte de décès du 11 avril 1899 (en ligne sur Archives départementales du Loir-et-Cher vue 547).
Archives départementales de Loir-et-Cher, recensement de la commune d’Ouchamps, 1891 (en ligne sur Archives départementales du Loir-et-Cher vue 204).
Le Devoir, juillet 1899, n°663, p. 428-433 (obsèques de Charles Gouté).
L’Emancipation, 15 juin 1899 (obsèques de Charles Gouté).
Le Républicain de Loir-et-Cher, 12, 14, 16 et 19 avril 1899 (nécrologie, préparation des obsèques et récit des obsèques).
L’Indépendant de Loir-et-Cher, 12 et 19 avril 1899.
Le Déiste rationnel, 1864-1865.
La Renaissance, 1865-1867.
La Bonne nouvelle, 1872-1876 (publication de lettres de Gouté).
Ecole sociétaire – Maison rurale d’enfants à Ry, janvier et février 1871.
L’Education nouvelle par le libre essor des facultés. Bulletin trimestriel de la Maison rurale d’expérimentation sociétaire fondée à Ry, avec ménage d’enfants, Ecole de différents degrés, jardins et ateliers d’apprentissage, octobre 1876 et avril 1877.

Bibliographie
Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier, Paris, L’Atelier, 1997, CD-Rom, notices Charles Gouté et Édouard Gouté.
Jean Dupuy, « Le socialisme en Loir-et-Cher de 1795 à 1852 », Bulletin de la Société archéologique, scientifique et littéraire du Vendômois, 1961, p. 39-54.


Index

Lieux : Blois, Loir-et-Cher - Ouchamps, Loir-et-Cher

Notions : Laïcité - Libre-pensée - Maison rurale de Ry - Propagande - République

Pour citer cette notice

DESMARS Bernard, « Gouté, Charles (Alexandre) », Dictionnaire biographique du fouriérisme, notice mise en ligne en décembre 2012 : http://www.charlesfourier.fr/spip.php?article1067 (consultée le 10 juillet 2017).

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