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Jean-Claude Sosnowski  |  mise en ligne : décembre 2012

Nodot, Léonard


Né le 5 pluviôse an X (25 janvier 1802) et décédé le 17 avril 1859 à Dijon (Côte-d’Or). Fondateur, conservateur et directeur du cabinet d’histoire naturelle de la ville de Dijon. Dirigeant de l’Eglise saint-simonienne de Dijon de juin 1831 à février 1832. Président du congrès phalanstérien de Cluny en août 1839.


Originaire de Navilly (Saône-et-Loire), le père de Léonard Nodot, François Nodot est horloger à Dijon, « chez le citoyen Malardot, aussi horloger, même ville, place d’Armes » [1], lorsqu’il se marie à Jeanne Biver le 20 mai 1793. Un premier fils Charles [2], né le 19 frimaire an VII, est installé pharmacien à Semur-en-Auxois (Côte-d’Or) sous la monarchie de Juillet. Léonard Nodot doit prendre la succession de son père et reçoit une formation à cet effet. Mais passionné par les sciences naturelles et plus particulièrement par la paléontologie, il est chargé en 1834 d’organiser le cabinet d’Histoire naturelle que la conseil municipal de Dijon souhaite établir. Il cède sa collection à la ville qui le considère comme « l’un des fondateurs du nouveau Musée » [3] et lui attribue le poste de directeur et conservateur. Autodidacte, manquant à ses débuts de méthode scientifique, peut-être sanctionné pour ses positions en faveur de Saint-Simon puis de Fourier, en 1842, il se voit refuser un poste d’enseignant à l’Université.

Léonard Nodot est présent au sein du groupe des néophytes saint-simoniens de Dijon réunis par Jules Lechevalier à la fin du mois de juin 1831 : Lechevalier « annonce la constitution du degré préparatoire composé déjà de 12 jeunes gens complètement à nous et avoués. Je cherche parmi eux l’homme [sic], dit-il, jusqu’ici c’est Nodot » [4]. Son adhésion est celle d’un individu, bien que passionné par les sciences naturelles, qui se sent victime « du malaise profond que fait éprouver à tout homme l’aspect des misères du plus grand nombre de ses semblables et celui des vices de l’ordre social actuel. J’avais donc en vain cherché, écrit-il, le bonheur dans un monde [illisible] de révolution en révolutions. Le scepticisme le plus complet s’était emparé de moi, j’étais tourmenté, je supportais la vie comme un fardeau [illisible], et je lisais en homme malheureux » [5]. Il connaît une véritable révélation. La doctrine saint-simonienne lui semble la seule apte à résoudre les maux que connaît la société. En 1832, il devient membre du second degré jusqu’au schisme qui frappe l’Eglise saint-simonienne. Il signe le 26 février 1832, dans Le Patriote de la Côte-d’Or avec d’autres membres de l’Eglise dijonnaise, une lettre dans laquelle il se désolidarise du Père Enfantin : « nous déclarons que nous protestons hautement contre les doctrines émises par M. Enfantin » au sujet du couple et de « la Femme ». « Nous les considérons comme éminemment fausses, profondément immorales et de tous points contraires à la conception de Saint-Simon. [...] Si jusqu’à ce jour nous n’avons pas protesté publiquement, c’est que n’ayant jamais fait partis de la hiérarchie saint-simonienne, nous avons pensé que notre retraite était suffisante pour dessiner notre position ». Léonard Nodot complète la proclamation : « comme [Enfantin] paraît persister dans ses théories, je déclare me retirer définitivement de la hiérarchie ». Nodot ne rejette pas pour autant la religion saint-simonienne. Il est approché très rapidement par les fouriéristes, mais en fin d’année 1832, sa position ne semble pas encore connue de Victor Considerant qui a demandé à Charles-Antoine Gacon (voir cette notice) de prendre attache avec lui. Nodot a pourtant adressé « une longue lettre, presqu’un mémoire contenant ses observations », mais il semble perdu. Gacon résume alors son état d’esprit : « il m’a dit un jour que la doctrine de Fourier et son application excitaient chez lui le plus vif intérêt, puisqu’il pensait que la solution du problème social devait se trouver entre le saint-simonisme et le fouriérisme. C’est un juste milieu qu’il ne m’a pas expliqué et qu’il n’a peut-être pas bien résumé lui-même » [6], poursuit Gacon.

Il est cité par Jean-Claude Oudot en mars 1839 parmi la trentaine de Dijonnais qui « se disent hautement phalanstériens » [7]. Le 28 août 1839, il est l’un des représentant dijonnais et président du premier congrès phalanstérien tenu à Cluny. Le congrès réunit autour du groupe de Cluny, ceux de Lyon, Tournus, Mâcon, Chalons, Dijon et Nevers. Le compte rendu du banquet qu’il adresse et que publie La Phalange [8] souligne la cordialité et convivialité qui ont régné lors de ce rassemblement. « Des manifestations aussi sincères prouvent, que grâce aux efforts communs des partisans de la cause, le triomphe définitif de celle-ci n’est pas éloigné ». Dans le compte rendu manuscrit conservé est rapporté un vœu émis lors du banquet donné pour le départ des délégués : les participants ont « conclu à la presque quasi unanimité que Mr Considerant était l’homme, qui par sa science profonde dans les travaux de Fourier, sa logique rigoureuse, son style brillant et nerveux, sa grande fermeté et sa constance soutenue, avait rendu et rendait chaque jour par ses écrits les plus grands services à la cause et que le journal La Phalange représentait complètement les idées des phalanstériens présents à cette charmante réunion » [9]. Durant le congrès Nodot se fait le porte parole de Julien Blanc et lit une lettre de lui admettant « quelques divergences […] quant au mode de propagation, entre Le Nouveau Monde et La Phalange ; mais laissant prévoir qu’un accord parfait sur tous les points ne tardera pas à naître entre ces deux journaux également recommandables » [10]. Nodot qui préside une séance porte un toast « à l’union harmonienne de tous les phalanstériens du globe » [11]. Le Nouveau monde relève que « les phalanstériens de Dijon, toujours unis et orthodoxes, sympathisent pour porter ce toast » [12]. Le lendemain, les congressistes se réunissent chez Aucaigne pour discuter du « mode de propagation le plus convenable » [13]. Avec Brac de la Perrière et Prudent Forest, alors directeur de l’Institut sociétaire, il fournit une contribution active à la résolution de la question. Il est proposé d’« agir sur toutes les capacités intelligentes, dans les masses aussi bien que dans la classe riche et éclairée de la société ».

La démarche de Nodot reste intellectuelle et scientifique. Il doit donner des cours avec Laville de Laplaigne chez Nicolas (voir ces notices), « qui a un grand salon [...], où il se promettent d’attirer des civilisés le plus possible » [14] annonce Cantagrel en novembre 1844. Victor Hennequin, lors de sa tournée de conférences de juin 1846 relève que « Nodot le naturaliste a fait en science analogique des découvertes charmantes, il faut le contraindre au nom de l’unitéisme à les publier dans La Phalange » [15]. Hennequin en donne un aperçu l’année suivante dans La Démocratie pacifique lorsqu’il se rend en « pèlerinage à Besançon » [16]. Le travail scientifique de Nodot est également mené selon cette pratique de l’analogie. Arthur Morelet qui fait son éloge à l’Académie des Sciences Arts et Belles-lettres de Dijon déclare : « En suivant cette direction, qui lui était naturelle, il ne tarda pas à reconnaître qu’un même lien enchaîne tous les phénomènes de la nature, et il fut conduit à penser que les actes de l’humanité, comme les phénomènes de la vie physique, sont solidaires les uns des autres. Voyant partout dominer l’unité, source d’harmonie, il crut que les lois du monde moral et celles du monde matériel pouvaient être réunies en un même faisceau » [17].

Même si sa démarche est essentiellement savante, même s’il appartient, pour reprendre la qualificatif que donne Hennequin au groupe dijonnais, aux « phalanstériens de loisirs » [18], Nodot n’hésite pas à prendre position sur l’orientation et les choix du centre parisien. Lors de la visite de Cantagrel en novembre 1844, il est parmi les plus farouches opposants à l’idée de dépenser l’argent de l’école afin d’acquérir les droits de publication dans La Démocratie pacifique d’un feuilleton littéraire. « On s’indigne de payer 100 mille francs à des barbouilleurs de papier ». Il s’implique par ailleurs publiquement et est l’un des signataires de l’appel lancé le 11 mars 1846 par les phalanstériens de Dijon à ceux de France afin de sauver la colonie de Cîteaux, eu égard aux « sacrifices » et au « dévouement » d’Arthur Young en faveur de l’Ecole sociétaire. « Les intérêts de M. Young se lient aux intérêts moraux et matériels de l’Ecole sociétaire ». N’ayant jamais participé à cette expérience, les phalanstériens dijonnais ne peuvent être suspectés « de partialité » [19].

Lorsqu’éclate la Révolution de février, il reste totalement à l’écart des événements. On peut cependant présumer qu’il est parmi ceux qui demandent l’autorisation au Préfet de se réunir régulièrement afin de « se livrer à l’étude du système de Fourier » [20]. Souffrant depuis quelques temps, Nodot « vit approcher sa fin [...] comme celle de l’honnête homme et du chrétien [...] » déclare Arthur Morelet ; « [...] sa vive imagination [...] poursuivit quelques chimères, gardons-nous de les lui reprocher, car elles furent inoffensives, et elles eurent leur source dans les plus nobles aspirations du cœur » [21]. Son acte de décès indique qu’il a épousé Françoise Fanny Boitet ; aucun enfant ne semble être né de cette union.


Jean-Claude Sosnowski

Dernière mise à jour de cette fiche : avril 2017

Notes

[1Archives départementales de la Côte-d’Or, FRAD021_239, 5MI09R114, registre de l’état civil de la ville de Dijon, acte de mariage du 20 mai 1793, section du centre. Le beau-père de Gabriel Gabet, Denis Malardot est alors horloger à Dijon.

[2Voir la notice Hector Gamet.

[3Délibération du conseil municipal de la ville de Dijon du 11 mai 1835 citée par Arthur Morelet, « Eloge de M. Nodot », Mémoires de l’Académie des sciences, arts et belles-lettres de Dijon, 2e s., t. 8, année 1860, partie des sciences, p. 197.

[4Bibliothèque de l’Arsenal, Fonds Enfantin, Ms 7815, Papiers Saint-Simoniens, Extraits de la Correspondance et des rapports relatifs à la Propagande Saint-Simonienne, lettre de Jules Lechevalier à Michel Chevalier, le 2 juillet 1831, cité par Olivier Baudouin, Les Saint-simoniens en Bourgogne, 1831-1833, Dijon, Université de Bourgogne, 2002, mémoire de maîtrise, Histoire, p. XXX.

[5Bibliothèque de l’Arsenal, Fonds Enfantin, Ms 7815, Papiers Saint-Simoniens, Extraits de la Correspondance et des rapports relatifs à la Propagande Saint-Simonienne, lettre de Léonard Nodot, destinataire non mentionné, le 16 juillet 1831, cité par Olivier Baudouin, Les Saint-simoniens en Bourgogne, 1831-1833, Dijon, Université de Bourgogne, 2002, mémoire de maîtrise, Histoire, p. XXXI.

[6Archives nationales, Fonds Fourier et Considerant, Archives sociétaires, 10AS38 (681Mi63), lettre de Gacon, 15 janvier 1833.

[7Archives nationales, Fonds Fourier et Considerant, Archives sociétaires, 10AS41 (681Mi71), lettre de Oudot, 25 mars 1839.

[8La Phalange, 15 septembre 1839, n° 42, col. 721.

[9Archives nationales, Fonds Fourier et Considerant, Archives sociétaires, 10AS42 (15) (681Mi75), « Réunion phalanstérienne à Cluny, département de Saône-et-Loire par Léonard Nodot, l’un des représentants du groupe de Dijon », [post. 29 août 1839].

[10« Congrès phalanstérien à Cluny », Le Nouveau Monde, 21 septembre 1839, p. 1.

[11Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, 1789–1864, De la Révolution française à la fondation de la première Internationale, tome 3, Paris, Ed. ouvrières, 1966 ; Anne-Dominique Laurin, Le Socialisme utopique en Côte-d’Or sous la monarchie de Juillet, 1830-1848, Dijon, mémoire de maîtrise d’Histoire contemporaine, 1974, p. 61, indique que ce vœu a (également ?) été porté au Congrès de 1840.

[12« Congrès phalanstérien à Cluny », Le Nouveau Monde, 21 septembre 1839, p. 1.

[13Le Nouveau Monde, 21 septembre 1839, p. 2.

[14Archives nationales, Fonds Fourier et Considerant, Archives sociétaires, 10AS37 (681Mi37), rapport de Cantagrel à Allyre Bureau, 5 novembre 1844.

[15Archives nationales, Fonds Fourier et Considerant, Archives sociétaires, 10AS39 (2) (681Mi65), rapport de Victor Hennequin de Dijon, 26 juin [1846].

[16La Démocratie pacifique, 15 avril 1847.

[17Arthur Morelet, « Eloge de M. Nodot », Mémoires de l’Académie des sciences, arts et belles-lettres de Dijon, 2e s., t. 8, année 1860, partie des sciences, p. 196.

[18La Démocratie pacifique, 15 avril 1847.

[19Bibliothèque municipale de Dijon, Fonds Mignard, manuscrit MS 2798, cahier A, pp. 215-224, copie de l’appel des phalanstériens de Dijon en faveur d’Arthur Young du 11 mars 1846.

[20Archives départementales de la Côte-d’Or, 20M18, Phalanstère de Cîteaux, lettre du Ministre de l’Intérieur au Préfet de la Côte-d’Or, 12 novembre 1848.

[21Arthur Morelet, « Eloge de M. Nodot », Mémoires de l’Académie des sciences, arts et belles-lettres de Dijon, 2e s., t. 8, année 1860, partie des sciences, p. 207.


Ressources

Œuvres

Parmi les divers articles et rapports :
Description d’un nouveau genre d’édenté fossile, renfermant plusieurs espèces voisines du glyptodon, suivie d’une nouvelle méthode de classification applicable à toute l’histoire naturelle..., Dijon, impr. de Loireau-Feuchot, 1856.

Sources

Archives nationales, Fonds Fourier et Considerant, Archives sociétaires, 10AS38 (681Mi63), lettre de Gacon, 18 décembre 1832 ; 10AS41 (681Mi71), lettre de Oudot, 25 mars 1839 ; 10AS42 (15) (681Mi75), « réunion phalanstérienne à Cluny, département de Saône-et-Loire par Léonard Nodot, l’un des représentants du groupe de Dijon », [post. 29 août 1839] ; 10AS37 (681Mi37), rapport de Cantagrel à Allyre Bureau, 5 novembre 1844 ; 10AS39 (2) (681Mi65), rapport de Victor Hennequin de Dijon, 26 juin [1846].
Archives départementales de la Côte-d’Or, FRAD021_239, 5MI09R114, registre de l’état civil de la ville de Dijon, acte de mariage du 20 mai 1793, section du centre (en ligne sur le site des Archives départementales de la Côte-d’Or, vue 430).
Archives départementales de la Côte-d’Or, FRAD021_239, 5MI09R128, registre de l’état civil de la ville de Dijon, acte de naissance n° 246 du 5 pluviôse an X (en ligne sur le site des Archives départementales de la Côte-d’Or, vue 140).
Archives départementales de la Côte-d’Or, FRAD021_239, 5MI09R242, registre de l’état civil de la ville de Dijon, acte de décès n° 260 du 18 avril 1859 (en ligne sur le site des Archives départementales de la Côte-d’Or, vue 427).
Archives départementales de la Côte-d’Or, 20M18, phalanstère de Cîteaux, lettre du Ministre de l’Intérieur au Préfet de la Côte-d’Or, 12 novembre 1848.
Bibliothèque municipale de Dijon, Fonds Mignard, manuscrit MS 2798, cahier A, pp. 215-224, copie de l’appel des phalanstériens de Dijon en faveur d’Arthur Young du 11 mars 1846.
La Phalange, 15 septembre 1839, n° 42, col. 721 (en ligne sur Gallica).
« Congrès phalanstérien à Cluny », Le Nouveau Monde, 21 septembre 1839, pp. 1-2.
Annuaire de la ville de Dijon, du département de la Côte-d’Or pour l’année 1839..., Dijon, Douillier, [1838 ?], p. 70.
Arthur Morelet, « Eloge de M. Nodot », Mémoires de l’Académie des sciences, arts et belles-lettres de Dijon, 2e s., t. 8, année 1860, partie des sciences, pp. 195-207. (en ligne sur Gallica).
François Leclerc, « Notice sur Léon Nodot », Le Moniteur de la Côte-d’Or, 22, 25 et 27 juin 1860. (non consulté à ce jour).

Bibliographie

Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, 1789–1864, De la Révolution française à la fondation de la première Internationale, tome 3, Paris, Ed. ouvrières, 1966.
Olivier Baudouin, Les Saint-simoniens en Bourgogne, 1831-1833, Dijon, Université de Bourgogne, 2002, mémoire de maîtrise, Histoire.
Anne-Dominique Laurin, Le Socialisme utopique en Côte-d’Or sous la Monarchie de Juillet, 1830-1848, Dijon, mémoire de maîtrise, Histoire contemporaine, 1974.


Index

Lieux : Cîteaux (commune de Saint-Nicolas-lès-Cîteaux, Côte-d’Or) - Dijon, Côte-d’Or

Notions : Analogie - Congrès - Groupe local - Presse - Saint-simonisme - Sciences naturelles - Union harmonienne

Pour citer cette notice

SOSNOWSKI Jean-Claude, « Nodot, Léonard », Dictionnaire biographique du fouriérisme, notice mise en ligne en décembre 2012 : http://www.charlesfourier.fr/spip.php?article1056 (consultée le 13 décembre 2017).

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