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Bernard Desmars  |  mise en ligne : septembre 2012

Textor de Ravisi, Anatole Arthur


Né le 15 juin 1822, à Bourges (Cher), décédé le 8 janvier 1902 à Paris. Officier de l’infanterie de marine, administrateur du comptoir français de Karikal (Inde), auteur de travaux d’ethnographie. Membre, puis président d’honneur de l’Union phalanstérienne, et membre du comité d’honneur de l’École Sociétaire Expérimentale.


Textor de Ravisi est le descendant d’une vieille famille noble issue du Forez, et le fils d’un brillant officier de Napoléon 1er, fait baron pendant les Cent-Jours, décédé en 1826. Il fait ses études au prytanée de La Flèche, puis est admis en 1840 à l’École militaire de Saint-Cyr, dont il sort en 1842 pour rejoindre l’infanterie de marine.

Un officier et un administrateur

Il participe à plusieurs opérations militaires : la prise de l’île de Mogador, au Maroc, en 1844 (il reçoit alors la légion d’honneur), et la colonisation des plaines des Palmistes et des Cafres (1847-1852) à la Réunion. Avec un certain F.-J. Secrétan, il est par ailleurs l’inventeur d’un appareil de géodésie et de topographie, le « Néopantomètre ». Les appréciations de ses supérieurs sont élogieuses : d’une « capacité remarquable », c’est un « jeune homme fort distingué », qui « fera certainement honneur à l’arme, mais il a besoin d’acquérir des habitudes militaires » [1]. Il se marie en novembre 1848 avec Claire Léontine Hamelin la fille d’un officier et propriétaire de Saint-Denis de la Réunion. Le couple aura six enfants.

Nommé capitaine en 1850 et employé à des tâches administratives (règlementation de l’état civil, organisation fiscale) et à des travaux de mise en valeur de la Réunion (construction de ponts, de chaussées), Textor de Ravisi revient en France en 1852 ; il est ensuite nommé responsable (« chef de service ») de l’administration du comptoir de Karikal, qui fait partie des Établissements français de l’Inde, de 1853 à 1863. Il est promu officier de la légion d’honneur en 1860 et chef de bataillon d’état-major d’infanterie en 1861. En raison de son état de santé, il donne sa démission en décembre 1863, et l’année suivante, obtient un poste de percepteur-receveur des contributions indirectes ; il exerce en différents lieux, et principalement à Bohain (Aisne), de 1864 à 1870 ; pendant cette période, il visite avec son épouse le Familistère de Guise) [2] ; en 1870, il est nommé à Nantes (Loire-Inférieure), où il préside en 1871 le « comité permanent de la liberté électorale » ; enfin, à partir de 1874, il exerce à Saint-Etienne (Loire), avant d’être admis à la retraite en 1885 [3].

Il continue toutefois à s’intéresser à l’Inde française, puisqu’il est en 1882 candidat pour la représenter à la Chambre des députés. Il se présente en tant que « candidat républicain hindo-européen [sic] » [4], puis aux élections de 1889, à nouveau sans être élu. En 1889 également, il devient commandeur de la légion d’honneur ; il est par ailleurs dignitaire de plusieurs ordres étrangers. Il a aussi une activité de publiciste sur les questions orientales et coloniales. Il est ainsi « directeur politique du journal Marines et colonies » [5].

Ethnographie et orientalisme

Parallèlement à son activité dans l’administration fiscale, il participe aux travaux de plusieurs sociétés savantes (Société asiatique, Société d’ethnographie, dont il est l’un des dirigeants avant d’en être élu membre d’honneur en 1897 [6], l’Alliance scientifique universelle) ainsi qu’à plusieurs congrès réunissant des ethnographes et en particulier des orientalistes. En 1900, il est nommé premier vice-président du comité d’organisation du congrès international des sciences ethnographiques [7]. Ses communications orales et ses publications portent en général sur l’Inde (Le Temps le présente en 1877 comme un « savant indianiste » [8]), mais aussi sur le Japon (il fait une conférence en 1897 sur la légende japonaise de la poétesse Komali [9]).

Il retrouve d’ailleurs à la Société d’ethnographie plusieurs autres fouriéristes, tels Eugène Verrier et Albert Gauttard. Grâce à ses travaux scientifiques, il est nommé officier de l’instruction publique.

Des activités fouriéristes connues seulement pour la fin du XIXe siècle

Dans une lettre de 1898, Textor de Ravisi déclare être « disciple de Fourier depuis 1844 » [10] ; mais ce n’est qu’à la fin du XIXe siècle qu’il joue un rôle de premier plan au sein du monde sociétaire. En 1897, il figure parmi les abonnés de La Rénovation, et la même année, participe à l’anniversaire de la naissance de Fourier, le 7 avril ; près de la tombe du Maître, il prononce un bref discours, où il admet que les fouriéristes sont « pour beaucoup, même pour de bons esprits, des démodés, de 1808, de 1822, de 1834 ; des fossiles enfin ! » ; mais, ajoute-t-il, « dans la plupart des choses actuelles, on trouve l’application ou la contrefaçon, plutôt, des pensées géniales du système fouriériste » ; aussi ne devrait-il pas être bien difficile de « démontrer que nous sommes bien vivants » [11]. Il fait partie du « comité de la statue de Fourier » [12] ; il apporte aussi sa contribution financière à la réalisation du monument. Dans les mêmes temps, il projette la création d’un « Institut Charles Fourier », à la fois lieu de réunion et centre de documentation sur le fouriérisme [13].

En 1897, il accompagne les dissidents de l’Union phalanstérienne et de l’École Sociétaire Expérimentale, qui se séparent d’Alhaiza et du groupe de La Rénovation ; il est dans les dernières années du XIXe siècle le président d’honneur de l’Union phalanstérienne et membre du comité d’honneur de l’École Sociétaire Expérimentale [14], mais il s’efforce de pacifier les relations entre ces groupes et l’École sociétaire dirigée par Alhaiza, espérant, « non pas la fusion, mais l’union des divers groupes fouriéristes », afin « d’arriver au plus vite au but souhaité », l’évolution vers le monde phalanstérien [15]. « Ce vénérable patriarche, chaque fois que sa santé n’y mettait pas obstacle, ne manquait aucune de nos réunions et souvent il lui est arrivé de rétablir la paix et la concorde dans nos phalanges malheureusement trop divisées par de puériles querelles », écrit son condisciple Verrier [16]. Alors que les relations entre les deux courants fouriéristes sont à peu près rompues, il continue à entretenir des liens avec Alhaiza, et d’après ce dernier, approuve la « Lettre ouverte à M. J. Jaurès » publiée dans La Rénovation afin de protester contre la prétention du leader socialiste à s’instituer en héritier de Fourier [17].

Militant pacifiste, il est aussi président d’honneur du Zollverein européen fondé par son condisciple Gromier ; et La Rénovation reproduit en 1901 un article de Textor de Ravisi en faveur de l’émission d’un timbre international [18].


Bernard Desmars

Dernière mise à jour de cette fiche : février 2015

Notes

[1Service Historique de la Défense, 3 Ye, dossier Textor de Ravisi, fiche de 1848.

[2Livre des visiteurs du Familistère de Guise.

[3D’après son état des services établi par le ministère des Finances, dans son dossier de la légion d’honneur, Archives nationales, base Léonore, dossier LH/2645/25.

[4Notice sur le baron Textor de Ravisi - 1881, St-Etienne, Imp. Théolier, 1881, 4 p.

[5D’après L’Orient et l’abeille du Bosphore, 10 septembre 1893, p. 574-575.

[6Bulletin de la Société d’ethnographie, 1894 à 1900.

[7Bulletin de la Société d’ethnographie, juillet 1900

[8Le Temps, 8 décembre 1877.

[9L’Avenir artistique et littéraire, 1er novembre 1897.

[10La Rénovation, 30 septembre 1898.

[11Le Figaro, 8 avril 1897, « L’anniversaire de Fourier ».

[12L’Association ouvrière, n°59, mars 1898.

[13Annales sociétaires, n°2, 31 octobre 1898/

[14Le Sociétaire, juillet 1897 ; compte rendu du banquet du 7 avril, présidé par Textor de Ravisi ; et « École Sociétaire Expérimentale ». Annales sociétaires, n°2, octobre 1898 ; n°7, 30 juin 1899.

[15Annales sociétaires, n°6, 10 mai 1899, « Anniversaire de Fourier, 7 avril 1899 ».

[16Revue de sociologie et d’ethnographie, n°6, décembre 1901 et janvier 1902. Nécrologie de Textor de Ravisi.

[17La Rénovation, n°137, 31 juillet 1901 ; « cette lettre est admirable », écrit Textor, d’après Alhaiza.

[18La Rénovation, 31 janvier 1901.


Ressources

Œuvres

Le Néopantomètre, instrument de géodésie et topographie, suivi de stadia et stadia-alidades, (avec A. Sécrétant), Toulon, Imp. de A. Imbert, 1846, 30 p.

Etudes sur les deux plaines des Palmistes et des Cafres de l’île de la Réunion, Saint-Denis, Imp. de Lahuppe, 1850, VIII-106-VI p. (ouvrage annexé au travail de la Commission du 10 mai 1849 nommée à l’effet d’examiner toutes les questions qui se rattachent à la plaine des Palmistes et à la plaine des Cafres).

Commentaires sur l’arrêté du 4 novembre 1851 sur la colonisation des deux plaines des Palmistes et des Cafres de l’île de la Réunion, par Textor de Ravisi,... Archives de la Direction de l’Intérieur. Ouvrage destiné à faire suite aux Études sur les deux plaines des Palmistes et des Cafres, Saint-Denis, Imp. de Lahuppe, 1852, IV-153-VI p.

Études sur les îles Saint-Paul et Amsterdam, Saint-Denis, Jamin, 1853.

La Houille et la vapeur, mémoire pour M. Potel (Jérôme-Jean), ingénieur mécanicien, Paris, E. Lacroix, 1865, 47 p.

Interprétation d’antiques idoles bouddhistes, Saint-Quentin, Imp. J. Moureau, 1866, 55 p.

Aperçu sur le culte de Krichna, Saint-Quentin, Imp. de Doloy et Penet aîné, 1868, 18 p. (extrait du Courrier de Saint-Quentin, 28 août, 26 septembre et 2 octobre 1868).

Aperçu sur le culte de Krichna, Saint-Quentin, Imp. de J. Moureau, 1868, 37 p. [Il s’agit bien d’un ouvrage différent du précédent, même s’il a le même titre]

Rapport du président du comité [comité permanent de la liberté électorale de la Loire-Inférieure], Nantes, Imp. J. Grinsard, 1871, 28 p.

Le Premier congrès international des orientalistes, Nantes, 1873, 16 p. (extrait de La Revue universelle).

Les Femmes célèbres du Japon : la poétesse Komati, Paris, Imp. de Vve Bouchard-Huzard, 1875, p. 114-126 (extrait des Mémoires du congrès provincial des orientalistes, session inaugurale, Levallois-Perret, 1874)

L’Égyptologue, Saint-Etienne, Imp. de Théolier, 1875, 20 p. (extrait des Mémoires du congrès provincial des orientalistes français, session de Saint-Etienne, 1875).

Invasion de la France en 1707, ou Chronique de la campagne de Provence et du siège de Toulon d’après des documents contemporains inédits, Saint-Etienne, Imp. de Théolier frères, 1876, 122 p. (extrait des Annales de la Société d’agriculture, industrie, sciences, arts et belles-lettres du département de la Loire).

Notice nécrologique sur François Chabas égyptologue français, Saint-Etienne, Imp. de Théolier, 1882, 16 p. (extrait des Annales de la Société d’agriculture, industrie, sciences, arts et belles lettres du département de la Loire).

Recueil de communications de M. le baron Textor de Ravisi sur les colonies françaises de l’Inde et de l’Indochine, avec des extraits de journaux relatifs à des conférences faites par lui sur le même sujet, Saint-Etienne, 1883,

Résumé des conférences sur Jean Dupuis et le Fleuve rouge, Saint-Etienne, Imp. Théolier, 1883, 28 p.

L’Architecture dans l’Hindoustan, Saint-Etienne, Imp. de Théolier, 1885, 20 p. (extrait des Annales de la Société d’agriculture, industrie, sciences, arts et belles-lettres du département de la Loire)

Circulaire du baron Textor de Ravisi, en date du 31 juillet 1894, adressée aux membres du Xe Congrès international des orientalistes, pour protester contre le projet d’organiser à Genève un congrès orientaliste scissionniste, Paris, Imp. de E. Rinuy, 1894, 8 p.

Centenaire de l’École spéciale des langues orientales, Paris, 1894, 4 p.

La Convention du 15 janvier 1896 concernant le Siam et le Haut-Mékong, s.l., 1896 (extraits de la conférence faite à la Société de géographie commerciale de Paris, le 13 février 1896).

Vestiges égyptiens en France. Ouverture d’une salle au musée Guimet, Paris, Imp. Schlaeber, 1896, 30 p. et 3 pl. hors texte.

Sources

Archives nationales, base Léonore, dossier de la légion d’honneur, LH 2645/25

Service historique de la défense, 3 Ye, dossier Textor de Ravisi.

Borel d’Hauterive, Notice historique et généalogique de la maison Textor de Ravisi, extraite de l’Annuaire de la noblesse de 1854, douzième année, suivie de la Biographie de Jean et de Benoît Textor, Paris, bureau de l’Annuaire de la noblesse, 1854, 16 p.

Notice sur le baron Textor de Ravisi - 1881, St-Etienne, Imp. Théolier, 1881, 4 p.

Revue de sociologie et d’ethnographie, n°6, décembre 1901-janvier 1902 (nécrologie).

La Rénovation, n°143, 31 janvier 1902 (nécrologie).

Le Figaro, 10 janvier 1902.


Index

Lieux : Karikal, Inde française - La Réunion (île) - Paris, Seine

Notions : Colonisation - Ecole sociétaire expérimentale - Ethnographie - Pacifisme - Réalisation - Sociétés savantes - Statue - Union phalanstérienne

Pour citer cette notice

DESMARS Bernard, « Textor de Ravisi, Anatole Arthur », Dictionnaire biographique du fouriérisme, notice mise en ligne en septembre 2012 : http://www.charlesfourier.fr/spip.php?article1032 (consultée le 11 octobre 2017).

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