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Bernard Desmars  |  mise en ligne : juin 2012

Barbier, Jacques François


Né le 12 septembre 1811, au Mans (Sarthe), décédé le 8 août 1888 à Paris (17e arrondissement). Médecin. Républicain hostile au coup d’État du 2 décembre 1851. Réfugié à Jersey, puis à Lisbonne. Conseiller municipal au Mans (1878-1888), conseiller d’arrondissement (1879-1880) et conseiller général de la Sarthe pour le deuxième canton du Mans (1881-1886).


Fils d’un cabaretier, Jacques François Barbier fait des études de médecine à la faculté de Paris et soutient sa thèse de doctorat en 1838. Il se marie l’année suivante avec Éléonore Paumier, fille d’un marchand manceau. Ils auront une fille prénommée Euphémie, née en 1844.

Médecin et fouriériste

Barbier pratique son activité médicale au Mans avec succès. « Le docteur Barbier était un homme d’une haute valeur intellectuelle et morale. Il possédait une qualité qui devient rare chez les médecins, l’ardeur dans la lutte contre la maladie. La sûreté et la promptitude de son diagnostic ressemblaient à de la divination. Il questionnait peu ses malades, un coup d’œil lui avait suffit pour savoir ce qu’ils éprouvaient et ... il les guérissait » [1]. Il s’intéresse à de nouvelles formes thérapeutiques, comme le magnétisme : en 1840, il assiste à une séance de magnétisme et en rend compte à la Société de médecine du Mans dont il est membre depuis 1838 [2]. Il est également admis en 1840 dans la Société d’agriculture, sciences et arts de la Sarthe, dont il devient en 1841 le secrétaire, fonction qu’il exerce jusqu’en 1851.

Le couple Barbier est ami des couples Milliet et Chassevant, tous communiant dans les idées républicaines et fouriéristes ; et, se souvient Jean-Paul Milliet, « souvent le dimanche, les familles Chassevant, Milliet et Barbier se réunissaient pour un pique-nique dans quelque auberge des environs du Mans. [...] » [3]. Comme Félix Milliet, Jacques François Barbier est franc-maçon ; ils sont tous les deux membres de la loge des Arts et du Commerce [4].

Un opposant à l’Empire

Jusqu’alors assez discret dans ses convictions politiques, Barbier s’engage plus nettement pendant la Seconde République et devient un acteur important du camp républicain dans la Sarthe en 1848 : il est notamment président du Comité central républicain du département, dont Milliet est le secrétaire. Alors que la République est peu à peu conquise par les partis conservateurs, Barbier appartient au camp démocrate-socialiste. Au lendemain du 2 décembre 1851, il participe à une réunion dont l’objectif est l’organisation d’un soulèvement populaire. Poursuivi devant la commission mixte de la Sarthe, il parvient à quitter clandestinement la France.

Il rejoint Jersey, où le retrouve son épouse. Il pratique la médecine et contribue activement à la lutte contre une épidémie de choléra, ce qui lui attire l’estime de la population. Parallèlement, il participe aux activités politiques du milieu des proscrits (dont Victor Hugo) ; certains républicains étant expulsés de Jersey (pour offense à la reine d’Angleterre), Barbier décide aussi de quitter l’île en 1855 et gagne le Portugal.

Il s’établit comme médecin à Lisbonne ; son activité lors d’une épidémie de fièvre jaune en 1857, puis au sein de l’Asile Saint-Louis-des-Français, lui attirent la reconnaissance de la population et des autorités, le roi le décorant de la médaille de la Tour de l’épée.

Notable républicain

En 1872, Barbier revient en France, d’abord à Amné (canton de Loué, Sarthe), puis au Mans. Dès son retour, il renoue ses relations avec les Milliet. En juillet 1872, Barbier et sa fille Euphémie accompagnent les Milliet à la Colonie de Condé-sur-Vesgre. En octobre de la même année, Fernand Milliet (fils de Félix) et Euphémie Barbier se marient. Fernand meurt en 1885. Euphémie reste en relation étroite avec Alix Milliet (sœur de Fernand) [5].

Médecin apprécié, philanthrope (il dirige la Caisse d’épargne de 1876 à 1885), il siège au conseil municipal (1878-1888), au conseil d’arrondissement (1879-1880) et au conseil général de la Sarthe (1881-1886) ; d’après le préfet, il appartient alors au « parti républicain modéré » [6]. Il reçoit en 1883 la légion d’honneur, qui lui est remise par le sénateur-maire du Mans, Cordelet. Il fait partie de la commission départementale chargée de désigner les bénéficiaires de la « loi de réparation nationale », adoptée en 1881 au profit des victimes du coup d’État de 1851 ; il décide de reverser au bureau de bienfaisance du Mans la pension de 400 francs qui lui est accordée.

Son épouse décède en mars 1887. Sa santé se dégrade et sa fille Euphémie l’accueille dans son domicile parisien. Il y meurt en août 1888. Alix Milliet note dans son journal que les participants étaient peu nombreux à ses obsèques parisiennes, alors qu’une telle cérémonie, au Mans, aurait sans doute rassemblé un très grand nombre d’habitants venus rendre hommage à un homme généralement estimé de ses concitoyens. En 1891, cependant, le conseil municipal du Mans attribue son nom à une rue de son quartier.


Bernard Desmars

Dernière mise à jour de cette fiche : octobre 2013

Notes

[1Paul Milliet, Une Famille de républicains fouriéristes : les Milliet, Paris, M. Giard et E. Brière, 1915, p. 36.

[2Bulletin de la Société d’agriculture, sciences et arts, 1911-1912, p.462 et p. 513.

[3Paul Milliet, Une Famille..., op. cit., p. 36.

[4Selon G. Boëldieu, l’initiation de Barbier est plus tardive que celle de Milliet, qui date de 1846 ; elle s’est peut-être déroulée sous la Seconde République. Notice de Barbier, dans le Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier, en ligne.

[5Souvenirs d’Alix Poisson, née Milliet, 1886-1888, dactylographié, aimablement prêté par Mme Danièle Duizabo, descendante de la famille Milliet.

[6Archives départementales de la Sarthe, 3 M 635, lettre du préfet de la Sarthe au ministre de l’Intérieur, 22 septembre 1880.


Ressources

Œuvres

Questions sur diverses branches des sciences médicales. I. Comment reconnaître le chlorure d’étain mélangé avec la matière des vomissements ? II. De l’époque de la disparition complète des fontanelles. III. Des dangers des plaies contuses de l’œil par des grains de plomb. IV. Histoire anatomique des phénomènes morbides provoqués autour d’un corps étranger quelconque placé au milieu des tissus de l’économie animale, Paris, Rignoux, 1838, 23 p.
Rapports publiés dans le Bulletin de la Société d’agriculture, sciences et arts de la Sarthe  ; en particulier le « Résumé analytique des travaux de la Société » qu’il présente chaque année en tant que secrétaire de la société savante.
Articles dans Jacques Bonhomme. Journal démocratique de la Sarthe, de l’Orne et de la Mayenne ; dans Le Petit bonhomme manceau.

Sources

Paul Milliet, Une Famille de républicains fouriéristes : les Milliet, Paris, M. Giard et E. Brière, 1915, 2 volumes, 404 et 270 p.
Alix Milliet, Souvenirs d’Alix Poisson, née Milliet, de septembre 1886 à août 1888, manuscrit dactylographié, aimablement prêté par Mme Danièle Duizabo, descendante de la famille Milliet.
Archives nationales, LH/109/38, dossier de légion d’honneur.
Archives départementales de la Sarthe, état-civil du Mans.
Archives départementales de la Sarthe, 3 M 635, élection au Conseil général, 1880.
Archives de la Seine, état-civil de Paris (17e arrondissement)

Bibliographie

Gérard Boëldieu, « Barbier, Jacques François », Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier.
Paul Delaunay, « Histoire de la Société de médecine de la Sarthe », Bulletin de la Société d’agriculture, sciences et arts de la Sarthe, 1911-1912.

Iconographie

Tableau représentant le Dr Barbier (musée de Tessé, Le Mans)
Portrait de Barbier dans dans Bulletin de la Société d’agriculture, des sciences et des arts de la Sarthe, 1911-1912, ainsi que dans Paul Milliet, Une Famille de républicains fouriéristes..., op. cit., tome 2, p. 147.


Index

Lieux : Le Mans, Sarthe

Notions : Election - Exil - Médecine

Pour citer cette notice

DESMARS Bernard, « Barbier, Jacques François », Dictionnaire biographique du fouriérisme, notice mise en ligne en juin 2012 : http://www.charlesfourier.fr/spip.php?article1002 (consultée le 23 juillet 2017).

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