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	<title>charlesfourier.fr</title>
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	<language>fr</language>

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		<title>charlesfourier.fr</title>
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		<item>
		<title>&quot;O sublime Fourier ! ô vieux chercheur de mondes !&quot; Constant Hilbey (1855)</title>
		<link>http://www.charlesfourier.fr/article.php3?id_article=759</link>
		<date>2010-06-21 11:21:06</date>
		<description>&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;
Comme ta lèvre est mince et ton crâne chenu,&lt;br /&gt;
O sublime Fourier ! ô vieux chercheur de monde !&lt;br /&gt;
O Christ industriel, encore méconnu,&lt;br /&gt;
Où n'as-tu pas porté le scalpel ou la sonde ?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ton &#339;il d'aigle a percé les champs de l'inconnu,&lt;br /&gt;
Et surpris d'Oromaz la science profonde ;&lt;br /&gt;
Et le vase penché, jetant le contenu,&lt;br /&gt;
Tu répandis à flots la lumière féconde.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Et dans le dénûment, de besoins tiraillé, &lt;br /&gt;
Isolé dans Lutèce, incompris et raillé,&lt;br /&gt;
Tu marchas quarante ans seul avec ton génie ;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Et détournant les yeux de notre amas d'erreurs,&lt;br /&gt;
Tu vécus solitaire au milieu des splendeurs&lt;br /&gt;
Du règne d'harmonie.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Poésies, 1855&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Notes&lt;br /&gt;
Oromaz : le principe du Bien, selon le prophète perse Zoroastre&lt;br /&gt;
Le poème de Hilbey est reproduit dans Thomas (E.), &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Voix d'en bas&lt;/i&gt;. &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;La poésie ouvrière au XIXe siècle&lt;/i&gt;, Paris, Maspero, 1979.&lt;/p&gt;</description>
		<author>Detourbet, Quentin</author>
		<dc:date>2010-06-21T09:21:06Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Detourbet, Quentin</dc:creator>
		

		</item>
	
	
		
		<item>
		<title>« Sachons gré aux Fouriéristes... ». Martin Nadaud (1895)</title>
		<link>http://www.charlesfourier.fr/article.php3?id_article=748</link>
		<date>2010-04-16 13:01:15</date>
		<description>&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;
« Les écoles socialistes entrent en lutte&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Tels étaient la situation du peuple et l'état des esprits quand les différentes écoles socialistes commencèrent leur lutte contre la forme actuelle du salariat. Leur programme de combat au point de vue des idées et de la ligne de conduite à suivre, différait sur bien des points, mais toutes étaient d'avis de faire participer les travailleurs aux bénéfices de chaque entreprise.
[Nadaud évoque d'abord les saint-simoniens]
Après les Saint-Simoniens vinrent les Fouriéristes, hommes généralement animés d'excellentes intentions. Je ne parlerai pas de ceux que j'ai connus à Paris ni à Londres pendant mon exil. Cantagrel, Vauthier ont été pour moi de véritables amis, aussi dévoués à la République qu'ils étaient sincèrement socialistes.
Victor Considerant, que je n'ai connu qu'en 1849, avait fondé avant cette époque le journal La Démocratie pacifique. Il n'attaqua pas d'abord directement la dynastie de Louis-Philippe ; aussi, malgré son talent, il n'était pas très populaire ; il soutenait que par des moyens légaux on pouvait obtenir de grandes réformes et améliorer la désolante condition du peuple. Considerant ne tarda pas à être désabusé. L'obstination du gouvernement qui se refusait à toute réforme sérieuse, lui montra vite qu'il faisait fausse route, aussi quelques années avant 1848, il se jeta à corps perdu dans le parti républicain.
Je me souviens que ce fut dans les bureaux de son journal que fut décidée la prise d'armes, qui le conduisit en compagnie de Ledru-Rollin et de plusieurs autres députés parmi lesquels je me trouvais, le 13 juin 1849, aux Arts et Métiers. On savait qu'il s'agissait de combattre les ministres de Louis-Napoléon, qui envoyaient notre armée à Rome, à l'assaut de la République romaine.
Sachons gré aux Fouriéristes ; ils arrivaient de bonne foi à la République avec la louable intention de ne plus l'abandonner et disons que par leur loyauté et leur talent, ils devaient rendre à la démocratie radicale et aux classes ouvrières de véritables services. »&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Martin Nadaud, Mémoires de Léonard, ancien garçon maçon, Bourganeuf, Duboueix, 1895&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Dans l'édition Hachette de 1976, on lira avec grand intérêt les commentaires de Maurice Agulhon.&lt;/p&gt;</description>
		<author>Bouchet, Thomas</author>
		<dc:date>2010-04-16T11:01:15Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Bouchet, Thomas</dc:creator>
		

		</item>
	
	
		
		<item>
		<title>« Description du monstre ». L'Atelier (1849)</title>
		<link>http://www.charlesfourier.fr/article.php3?id_article=687</link>
		<date>2009-10-09 09:09:13</date>
		<description>&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;
Nouvelle croisade contre le socialisme. Description du monstre&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;
[...]&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;
Nous allons prendre le monstre sous ses facettes principales, caractéristiques, et vous verrez qu'il n'est pas si épouvantable qu'on veut le faire croire. - Suivez-nous.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;
Le monstre se révèle tantôt sous la forme d'un jeune et éloquent lycéen, et prend le nom de Louis Blanc ; tantôt sous la forme plus élancée d'un disciple de Fourier, et porte le nom de Considerant. C'est sous le masque de Pierre Leroux qu'il siège à l'Assemblée législative. La réaction crut avoir saisi le Socialisme dans son incarnation la plus vigoureuse, et le mettre sous grilles, comme un ours, en la personne de P.-J. Proudhon. Mais le monstre quitte l'homme et, malgré grilles et verroux [&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;sic&lt;/i&gt;] ne vient pas moins prendre ses ébats au milieu de nous ; nous vous le montrerons également.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;
[Il est d'abord question de Pierre Leroux]&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;
Voici Victor Considerant, le farouche démocrate pacifique. Vous cherchez sa queue et l'&#339;il au bout. Le temps n'est pas venu où l'homme jouira de ce précieux annexe pour voir ce qui se passe derrière lui.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;
En attendant, le principal disciple de Fourier a voulu descendre au niveau de la civilisation. Il a laissé de côté toutes les hypothèses plus ou moins bizarres du maître, et ne demande que la possibilité de fonder une commune sociétaire, et d'y organiser le travail attrayant pour faire honte à la civilisation de sa longue résistance au progrès.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;
Les exigences de l'école phalanstérienne ont été exprimées à la Constituante par l'apôtre principal de la doctrine. Il demande le droit à l'expérimentation, c'est à dire un terrain assez vaste pour une commune de quinze à dix-huit cents âmes, et une douzaine de millions pour les frais de premier établissement.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;
Pour organiser la commune sociétaire et le travail attrayant il faut, en effet, d'assez grandes dépenses, puisqu'il faut joindre le travail agricole au travail industriel, et que pour développer les attractions il faut toute la variété des industries. C'est pourquoi la commune modèle ne peut se fonder rationnellement qu'avec une population assez nombreuse, quinze à dix-huit cents âmes, avons-nous dit.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;
Que deviendront, allez-vous demander, la religion, la famille et la propriété, dans ce phalanstère ? Elles suivront la loi de l'attraction. Les attractions sont proportionnelles aux destinées. Dans l'ordre des relations conjugales, l'attrait sera la règle, comme il sera l'unique loi de tout le travail sociétaire. Vous plaît-il d'aller à la charrue le matin ? Vous y allez. Vous plaît-il, étant rentré, de rêver ou de peindre, ou d'écrire, ou de raboter, ou de limer, ou de danser ? Vous dansez, ou vous limez, ou vous rabotez, ou vous rêvez, conformément à l'action qu'exerce sur vous la loi d'attraction.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;
C'est très-agréable et très-séduisant, vous le voyez. Sans doute, vous allez dire qu'on rêvera au soleil, qu'on dansera à l'ombre et qu'on chantera beaucoup plus qu'on ne travaillera. Qu'est-ce que cela vous fait ? Le phalanstère tombera plus vite, et vous offusquera moins longtemps, voilà tout.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;
Il y a aux Etats-Unis des sectes qui professent des doctrines les plus bizarres ; on les laisse faire. Laissons un peu faire aussi. Les idées socialistes sont une sueur intellectuelle qu'à tous les points de vue il serait extrêmement malheureux de faire rentrer.&lt;br /&gt;
Si le bien se produisait dans la phalanstère, il faudrait en profiter ; si le mal, on en profiterait également.&lt;br /&gt;
Dans tous les cas, il n'y a pas lieu de craindre une insurrection populaire pour la réalisation de la commune phalanstérienne. Ce n'est pas dans le peuple que la doctrine trouve généralement ses apôtres ; c'est dans la jeunesse savante, et l'Ecole polytechnique, si elle fournit beaucoup d'officiers distingués, ne fournit guère moins de disciples de Fourier.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;
En résumé, si toutes vos peurs du Socialisme pouvaient se dissiper au prix de la douzaine de millions et du terrain, fût-il pris dans la forêt de Saint-Germain, la société n'en mourrait pas, ni vous non plus, n'est-ce pas ?&lt;br /&gt;
Passons donc à un autre.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;
[Il est ensuite question de Louis Blanc, et de Proudhon]&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;L'Atelier&lt;/i&gt;, 28 novembre 1849.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Pour aller plus loin :&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Jonathan Beecher, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Victor Considerant and the Rise and Fall of French Romantic Socialism&lt;/i&gt;, Berkeley, Univ. of California Press, 2001.&lt;br /&gt;
Thomas Bouchet, « L'Ecole et l'Assemblée. Considerant à la Constituante, 1848-1849 », dans Thomas Bouchet et Michel Cordillot (dir.), Victor Considerant, 1808-2008, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Cahiers Charles Fourier&lt;/i&gt;, 19, 2008.&lt;br /&gt;
Christophe Charle, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le siècle de la presse, 1830-1930&lt;/i&gt;, Paris, Seuil, 2004.&lt;br /&gt;
Armand Cuvillier, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Un journal d'ouvriers, l'Atelier (1840-1850)&lt;/i&gt;, Paris, Editions ouvrières, 1954&lt;br /&gt;
Armand Cuvillier, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Hommes et idéologies de 1840&lt;/i&gt;, Paris, Rivière, 1956&lt;br /&gt;
Michel Vernus, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Victor Considerant, démocrate fouriériste&lt;/i&gt;, Paris, Virgile, 2009 (réédition)&lt;br /&gt;
Remi Gossez, « Presse parisienne à destination des ouvriers, 1848-1851 », dans Jacques Godechot (dir.), « La presse ouvrière, 1819-1850 », &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Bibliothèque de la Révolution de 1848&lt;/i&gt;, 1966.&lt;/p&gt;</description>
		<author>Bouchet, Thomas</author>
		<dc:date>2009-10-09T07:09:13Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Bouchet, Thomas</dc:creator>
		

		</item>
	
	
		
		<item>
		<title>« Le niveau des casernes » et les « mers polaires dégelées sous les aurores boréales ». Gustave Flaubert.</title>
		<link>http://www.charlesfourier.fr/article.php3?id_article=614</link>
		<date>2009-02-18 20:44:47</date>
		<description>&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;
Il n'est pas question ici d'étudier sous toutes ses coutures le rapport complexe qu'entretient Flaubert avec la question de l'utopie en général, avec Fourier et l'Ecole sociétaire en particulier (mais il vaudrait la peine de s'y atteler un jour pour de bon). A partir des quelques extraits de romans qui suivent, on se contentera d'abord de repérer deux ordres de représentations qui renvoient à deux acceptions concurrentes au XIXe siècle pour le mot « utopie » : rêve sympathique porté par des êtres passablement naïfs ; construction intellectuelle inquiétante, débouchant sur la violence et la destruction de l'autre. Mais qui parle dans ces extraits ? C'est toute la question pour des &#339;uvres aussi élaborées que L'Education sentimentale d'une part (1869), Bouvard et Pécuchet d'autre part (posthume). Dans les deux cas des liens complexes sont tissés dans la trame romanesque entre l'homme-Flaubert, l'auteur, le narrateur et les personnages. En outre, ce que disent Bouvard et Pécuchet, ce que pense Sénécal, tout cela est à réintégrer dans deux projets d'écriture et deux logiques narratives distincts. L'écrivain avance masqué, prenant toujours le lecteur par surprise dans des &#339;uvres dont le génie tient justement pour partie à leur irréductible part de mystère. On peut néanmoins penser que ces deux représentations ont en commun de mettre en situation et en perspective, par l'ironie, des pensées et des pratiques de l'utopie qui ont cours dans la société dont Flaubert s'imprègne, celle de son temps. On sait grâce par exemple à sa correspondance qu'il ne tient pas en grande estime les faiseurs de systèmes et leurs épigones - mais rien ou presque de ce qui compose son époque n'est à l'abri des attaques d'une brutalité inouïe qu'il déploie tout au long de son &#339;uvre. Au sortir de L'Education sentimentale et de Bouvard et Pécuchet prévaut un sentiment de vide qui ne laisse pas les lecteurs indemnes.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Dans L'Education sentimentale&lt;/h3&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Sénécal est l'un des personnages dont les apparitions et les disparitions scandent le cours du roman. Il est la raideur et le fanatisme incarnés. « Son front était rehaussé par la coupe de ses cheveux taillés en brosse. Quelque chose de dur et de froid perçait dans ses yeux gris, et sa longue redingote noire, tout son costume sentait le pédagogue et l'inquisiteur. » Il est répétiteur de mathématiques en 1840, au moment où commence le roman.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Chaque soir, quand sa besogne était finie, il regagnait sa mansarde, et il cherchait dans les livres de quoi justifier ses rêves. Il avait annoté Le Contrat social, il se bourrait de la Revue indépendante. Il connaissait Mably, Morelly, Fourier, Saint-Simon, Comte, Cabet, Louis Blanc, la lourde charretée des écrivains socialistes, ceux qui réclamaient pour l'humanité le niveau des casernes, ceux qui voulaient la divertir dans un lupanar ou la plier sur un comptoir ; et, du mélange de tout cela, il s'était fait un idéal de démocratie vertueuse, ayant le double aspect d'une métairie et d'une filature, une sorte de Lacédémone américaine où l'individu n'existerait que pour servir la Société, plus omnipotente, absolue, infaillible et divine que les Grands Lamas et les Nabuchodonosors. Il n'avait pas un doute sur l'éventualité prochaine de cette conception ; et tout ce qu'il jugeait lui être hostile, Sénécal s'acharnait dessus, avec des raisonnements de géomètre et une bonne foi d'inquisiteur. »&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il vaut la peine de suivre de près au fil du roman le destin de celui qui « cherchait dans les livres de quoi justifier ses rêves », jusqu'à décembre 1851 - lors du coup d'Etat de Louis-Napoléon Bonaparte, il est sergent de ville et il assassine de sang-froid un homme, Dussardier, qui vient de crier « Vive la république ».&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Dans Bouvard et Pécuchet&lt;/h3&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Aux lendemains des élections législatives de 1849, le comte de Faverges, tout juste élu dans le Calvados, offre un déjeuner aux « notables du pays » ; Bouvard et Pécuchet font partie des invités. Au repas, la discussion roule sur les questions politiques du moment. Vers trois heures les convives passent dans le fumoir.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Une caricature du Charivari traînait sur une console, entre des numéros de L'Univers ; cela représentait un citoyen, dont les basques de la redingote laissaient voir une queue, se terminant par un &#339;il. Marescot en donna l'explication. On rit beaucoup. »&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Peu après ces commentaires peu amènes sur la queue des fouriéristes - de fait, les caricatures de Cham, de Bertall ou d'autres, représentant Victor Considerant ou d'autres phalanstériens, sont alors légion - les deux compères regagnent leur domicile, pestant contre les idées émises lors du déjeuner. Avides de savoir, ils décident de lire sur le droit divin, puis Pécuchet se plonge dans Le Contrat social de Rousseau. Dans L'Examen du socialisme, par Morant, ils découvrent les idées saint-simoniennes...&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Et ils abordèrent le fouriérisme.
Tous les malheurs viennent de la contrainte. Que l'attraction soit libre, et l'harmonie s'établira.
Notre âme enferme douze passions principales : cinq égoïstes, quatre animiques, trois distributives. Elles tendent, les premières à l'individu, les suivantes aux groupes, les dernières aux groupes de groupes, ou séries, dont l'ensemble est la phalange, société de dix-huit cents personnes, habitant un palais. Chaque matin, des voitures emmènent les travailleurs dans les campagnes, et les ramènent le soir. On porte des étendards, on se donne des fêtes, on mange des gâteaux. Toute femme, si elle y tient, possède trois hommes : le mari, l'amant et le géniteur. Pour les célibataires, le bayadérisme est institué.
&lt;br /&gt;&lt;img class='spip_puce' src='http://www.charlesfourier.fr/puce.gif' alt='-' /&gt; Ça me va, dit Bouvard, et il se perdit dans les rêves du monde harmonien.
Par la restauration des climatures, la Terre deviendra plus belle ; par le croisement des races, la vie humaine plus longue. On dirigera les nuages comme on fait maintenant de la foudre, il pleuvra la nuit sur les villes pour les nettoyer. Des navires traverseront les mers polaires dégelées sous les aurores boréales. Car tout se produit par la conjonction des deux fluides mâle et femelle, jaillissant des pôles, et les aurores boréales sont un symptôme du rut de la planète, une émission prolifique.
&lt;br /&gt;&lt;img class='spip_puce' src='http://www.charlesfourier.fr/puce.gif' alt='-' /&gt; Cela me passe, dit Pécuchet. »&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Bouvard et Pécuchet passent ensuite en revue Louis Blanc, Proudhon, Cabet, Leroux, etc. De tout cela, Pécuchet conclut :&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Qu'il y ait, chez les utopistes, des choses ridicules, j'en conviens ; cependant ils méritent notre amour. La hideur du monde les désolait, et, pour le rendre plus beau, ils ont tout souffert. »&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Et lorsque Pécuchet affirme à Bouvard qu'il élaborera un système pour que les hommes cessent de croupir dans l'égoïsme, Bouvard éclate de rire :
« Plus rouge que les confitures, avec sa serviette sous l'aisselle, il répétait : ‘ah !, ah ! ah !' d'une façon irritante.
Pécuchet sortit de l'appartement, en faisant claquer la porte. »&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Références : L'Education sentimentale, Folio, pages 70, 157, 450 ; Bouvard et Pécuchet, Garnier-Flammarion, pages 195-199.&lt;/p&gt;</description>
		<author>Bouchet, Thomas</author>
		<dc:date>2009-02-18T19:44:47Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Bouchet, Thomas</dc:creator>
		

		</item>
	
	
		
		<item>
		<title>&quot;Je les aimais comme des philanthropes&quot;. Sébastien Commissaire (1888)</title>
		<link>http://www.charlesfourier.fr/article.php3?id_article=612</link>
		<date>2009-02-15 16:32:43</date>
		<description>&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;
XXVIII - Mon arrivée à Paris. Le 13 juin 1849
[...] A peine arrivés dans notre logement, deux représentants du Bas-Rhin, partisans de la doctrine de Fourrier [sic], me proposèrent de les accompagner dans les locaux de la Démocratie pacifique pour faire une visite à M. Victor Considérant [sic]. J'avais lu la Théorie des quatre mouvements ouvrage de Fourrier, dans laquelle se trouve toute la doctrine de l'Ecole phalanstérienne ; j'avais lu aussi les écrits des principaux apôtres du fourriérisme.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le phalanstère n'a guère trouvé de partisans dans la classe ouvrière. La répartition des bénéfices n'était pas en harmonie avec les idées égalitaires des travailleurs qui s'occupaient de questions sociales ; les parts de bénéfices faites au capital et au talent étaient trop considérables par rapport à celle qui restait au travail. La raison qui empêchait les ouvriers de devenir phalanstériens était précisément celle qui flattait le plus ceux qui acceptaient la doctrine de Fourrier, lesquels appartenaient en grande majorité à la classe bourgeoise.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Quoique non partisan du phalanstère, j'avais néanmoins beaucoup de sympathie pour M. Victor Considérant et pour ses collaborateurs ; je les aimais comme des philanthropes qui voulaient sincèrement améliorer la condition du peuple.
M. Victor Considérant nous fit un excellent accueil. Après avoir causé quelques instants avec nous, il nous dit qu'il était l'heure d'aller à l'Assemblée. Nous nous disposions à le quitter lorsqu'il nous proposa d'aller avec lui.
Vous verrez quelques-uns de nos nouveaux collègues, ainsi que quelques anciens qui n'ont pas été réélus. La proposition fut acceptée par mes amis et par moi.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;C'est en compagnie de M. Victor Considérant que j'entrai pour la première fois dans le Palais-Bourbon. Ce jour-là, j'eus l'honneur de voir plusieurs représentants non réélus que je n'aurais jamais vus sans notre visite au chef de l'Ecole phalanstérienne. Il y en a un surtout dont j'ai conservé un excellent souvenir, je veux parler de M. Audry de Puyraveau qui me fit un accueil cordial auquel j'étais loin de m'attendre.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;J'allai ensuite à la questure porter mon acte de naissance et donner mon adresse ; puis, le soir, en compagnie de mes collègues du Bas-Rhin, j'allai à la réunion de la Montagne (extrême-gauche de ce temps-là), rue du Hasard, 6. M. Deville présidait la séance ; plusieurs membres de la réunion parlèrent, notamment MM. Ledru-Rollin, Félix Piat [sic], Gent, Gambon, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;[N.B. : Les italiques sont de Sébastien Commissaire]
Mémoires et souvenirs de Sébastien Commissaire, ancien Représentant du peuple, Lyon-Paris, Meton et Garget &amp; Nisius, 1888, tome 1, p. 223-224.&lt;/p&gt;</description>
		<author>Bouchet, Thomas</author>
		<dc:date>2009-02-15T15:32:43Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Bouchet, Thomas</dc:creator>
		

		</item>
	
	
		
		<item>
		<title>La notice biographique de référence sur Fourier</title>
		<link>http://www.charlesfourier.fr/article.php3?id_article=610</link>
		<date>2009-02-14 08:22:09</date>
		<description>&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;
Pour découvrir en détails la vie de Charles Fourier, voici un lien direct vers la notice biographique très fouillée écrite par Jonathan Beecher, et issue du &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français&lt;/i&gt;. Vous y rencontrerez ledit Fourier au fil des années : collégien chez les prêtres à Besançon, commerçant à Lyon, soldat dans l'Armée du Rhin, commis-voyageur sur les routes de France et de Navarre, hôte de sa famille près de Belley, modeste caissier à Lyon, tout petit bourgeois parisien. Vous y trouverez aussi des extraits de ses ouvrages et de sa correspondance.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.charlesfourier.fr/article.php3?id_article=574&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;http://www.charlesfourier.fr/article.php3 ?id_article=574&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;</description>
		<author></author>
		<dc:date>2009-02-14T07:22:09Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator></dc:creator>
		

		</item>
	
	
		
		<item>
		<title>Le baiser électrique</title>
		<link>http://www.charlesfourier.fr/article.php3?id_article=560</link>
		<date>2008-10-10 15:51:56</date>
		<description>&lt;img src=&quot;http://www.charlesfourier.fr/IMG/arton560.jpg&quot; alt=&quot;&quot; align='right' width=&quot;427&quot; height=&quot;584&quot; style='border-width: 0px;' class='spip_logos' /&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;
Image, Eduardo Ungar : &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;El Beso eléctrico&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Dans ce tableau les bras des personnages sont inversés, paumes ouvertes vers l'extérieur, geste étrange par lequel les amoureux prennent et ne prennent pas, possèdent et ne possèdent pas, n'est-ce pas justement cette ambivalence qui donne sa force au désir ? Le désir nous déborde, sans ce débordement pas de désir.
Ce qui est tout particulièrement intéressant ce sont les différents plans. Au premier plan ce que l'on voit d'abord : la rue et son activité, jusqu'à ce que le regard soit attiré au second plan dans le hall avec au fond cet escalier qui semble monter vers la chambre dont le rideau est agité par un souffle. Un tableau dans le tableau, dans le cadre de la porte. Est-ce ici que la scène se passe vraiment ? La question me taraude quel est le rapport entre l'espace privé de l'affect, de la passion, de la rencontre des corps et l'espace public de l'organisation sociale et de la politique ? D'un côté l'anarchie désordonnée, intime, électrique de la passion, de l'autre l'ordre public de la rue, de la loi, de l'autorité sévère que semblent incarner les deux commères peu amènes balayant le trottoir de ce qui fait désordre.
Sur le seuil, les câbles électriques passent entre les deux espaces, les relient. La force du travail détournée, dévoyée par une force rebelle pour électriser l'amour à moins que ce ne soit l'inverse : le baiser se propage dans l'espace public qu'il électrise. L'une des deux commères semble d'ailleurs troublée, n'en croit pas ses yeux, tandis que l'autre nous prend à témoin.
Les deux espaces communiquent par ces fils électriques et par les gestes des mains.
On ne sait si ces mains ouvrent ou ferment les portes, accueillent ou repoussent ce qui vient du dehors. Tout à la fois elles éloignent et font signe. Le désir des corps se montre et se cache, c'est la condition pour qu'il vive. A la lumière de la rue, il disparaîtrait, deviendrait inavouable, exposé qu'il serait à la norme, à la surveillance sévère des regards, il faudrait le dissimuler. Il ne peut vivre au grand jour de la loi qui le nie et pourtant l'obscurité complète de la cage d'escalier, portes refermées ne lui conviendrait pas non plus, sans air, sans l'air de la rue, il étoufferait. Alors il se faufile, par le biais d'un câble électrique, le voici qui court dans la rue, il est passé par ici, il repassera par là. Il provoque l'ordre établi, bouscule les hiérarchies, les institutions qui ont tenté de l'enfermer. Laisse-le s'emparer de toi, tu ne t'empareras pas de lui. Le désir est anarchie, il ne connaît pas de maître (c'est peut-être pourquoi il n'existe pas de « professeur de désir » ?), il se rit des maîtres. A la tombée de la nuit, il ressortira, la fille redescendra, fille publique ou travesti avec son fard, ses lèvres rouges, sa jupe serrée et ses talons aiguilles. Le désir se communiquera à la foule des passants. Ouvriers, professeurs, chômeurs, étudiants, retraités, psychanalystes paieront se qu'il faut pour se dénuder devant lui. Tous nus, ils lui confieront leurs secrets brûlants, ceux qu'on n'enferme pas sous la loi, mais que la fille professionnelle note attentive dans son petit carnet. Son petit carnet publié au grand jour, tous ces secrets, toutes ces singularités sur la place publique, sans poésie pour enjoliver.
Le désir nous déborde, sans ce débordement pas de désir.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ce texte a été inspiré par les idées de René Schérer dans son livre Pour un nouvel anarchisme (Paris, éditions Cartouche, 2008) et par les discussions et le tableau transmis par Jean-Claude Pomès. Merci à eux !&lt;/p&gt;</description>
		<author>Bouchet, Laurence</author>
		<dc:date>2008-10-10T13:51:56Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Bouchet, Laurence</dc:creator>
		

		</item>
	
	
		
		<item>
		<title>Au &quot;sanctuaire des phalanstériens&quot;. Pierre Joigneaux (1843)</title>
		<link>http://www.charlesfourier.fr/article.php3?id_article=552</link>
		<date>2008-07-09 18:44:59</date>
		<description>&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;
En 1833, un soir que la bise d'hiver passait en sifflant sur les toits de Paris, une vingtaine de personnes se trouvaient réunies dans un petit appartement de la rue Joquelet. C'était là le sanctuaire des phalanstériens. Nous pénétrâmes librement dans la première pièce, où trois disciples en renom avaient l'air fort ennuyé ; puis nous passâmes dans la seconde pièce, où des jeunes hommes et quelques dames, naguère saint-simoniennes, faisaient cercle autour d'un vieillard. On respirait à peine, on n'osait dire mot, chacun semblait muet d'admiration. Cependant, après quelques minutes d'un religieux silence, le vieillard ouvrit la conférence, et peu à peu les adeptes revinrent à eux et les conversations s'établirent. En ce moment, un jeune homme rejeta en arrière les longues boucles de sa chevelure blonde, s'approcha du fauteuil du vieillard, s'y accouda avec une allure de familiarité et lui demanda avec douceur :&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« M. Charles Fourier, quand verrons-nous donc s'établir le premier phalanstère ? »&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Bientôt, répondit le vieillard, sur un ton brusque qui lui était habituel ; on s'occupe à cette heure de celui de Condé-sur-Vesgres [sic. pour Vesgre], et après celui-là nous en aurons d'autres. »&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Ah ! Tant mieux ! fit le jeune homme, en roulant ses mains de satisfaction. »&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Dans trois ans, reprit Charles Fourier, la France sera couverte de phalanstères... quand je dis la France, je veux dire l'Europe... le monde... l'univers... »&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Les fanatiques de la doctrine crièrent &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;bravo !&lt;/i&gt; avec une telle impétuosité que nous n'osâmes pas secouer la tête en signe de doute.
Dix années se sont écoulées depuis que le maître a prononcé ces paroles prophétiques, et pourtant le phalanstère ne brille encore nulle part.
[...]&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Pierre Joigneaux, dans &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Chronique de Bourgogne&lt;/i&gt;, 1843.&lt;/p&gt;</description>
		<author>Bouchet, Thomas</author>
		<dc:date>2008-07-09T16:44:59Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Bouchet, Thomas</dc:creator>
		

		</item>
	
	
		
		<item>
		<title>Fourier en quelques dates</title>
		<link>http://www.charlesfourier.fr/article.php3?id_article=549</link>
		<date>2008-06-20 17:27:31</date>
		<description>&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Fourier, Charles, 1772-1837&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;7 avril 1772&lt;/strong&gt; : il naît à Besançon, dans le milieu de la bourgeoisie commerçante.&lt;br /&gt;
&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;1781-1887&lt;/strong&gt; : il fait ses études au collège de Besançon.&lt;br /&gt;
&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;1791&lt;/strong&gt; : il est mis en apprentissage chez un marchand de drap lyonnais.&lt;br /&gt;
&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;1793&lt;/strong&gt; : marchand-importateur à Lyon, il participe à l'insurrection fédéraliste. Ses marchandises sont réquisitionnées, il est inquiété, il fuit la ville.&lt;br /&gt;
&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;1794&lt;/strong&gt; : enrôlé dans les chasseurs à cheval (armée du Rhin), il gagne le Palatinat.&lt;br /&gt;
&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;1797&lt;/strong&gt; : il envoie au Directoire un projet de réorganisation de l'armée.&lt;br /&gt;
&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;1799&lt;/strong&gt; : il fait à Marseille, écrit-il plus tard, la « découverte » décisive, plan d'organisation sociale fondé sur un « calcul géométrique des attractions passionnelles ».&lt;br /&gt;
&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;1800-1815&lt;/strong&gt; : il vit petitement à Lyon (quartier des Terreaux) et exerce la profession de commis-marchand ou de commis voyageur.&lt;br /&gt;
&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;1803-1804&lt;/strong&gt; : le &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Bulletin de Lyon &lt;/i&gt;publie des articles de lui. L'un s'intitule « Lettre au Grand Juge », un autre « Harmonie universelle ».&lt;br /&gt;
&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;1808&lt;/strong&gt; : &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Théorie des quatre mouvements et des destinées générales.&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;
&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;1812&lt;/strong&gt; : à la mort de sa mère, il jouit d'une pension annuelle de 900 francs.&lt;br /&gt;
&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;1815-1820&lt;/strong&gt; : il s'installe près de Belley (Ain) dans sa famille ; il se consacre à sa doctrine, écrit « Le Nouveau Monde amoureux » [publié en 1967] et travaille à un Grand Traité.&lt;br /&gt;
&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;1816&lt;/strong&gt; : une correspondance commence avec Just Muiron, fonctionnaire de préfecture à Besançon, premier disciple dévoué.&lt;br /&gt;
&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;1822&lt;/strong&gt; : &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Traité de l'Association domestique-agricole&lt;/i&gt;.&lt;br /&gt;
&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;1821&lt;/strong&gt; : il se fixe à Paris, qu'il ne quitte plus guère ensuite. Il y exerce la fonction d'employé et il continue à vivre petitement.&lt;br /&gt;
&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;1829&lt;/strong&gt; : &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le Nouveau monde industriel et sociétaire.&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;
&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;1830 : &lt;/strong&gt;Victor Considerant signe dans &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le Mercure de France&lt;/i&gt; le premier article consistant et solide jamais paru dans la presse parisienne sur la pensée de Fourier.&lt;br /&gt;
&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;1831&lt;/strong&gt; : &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Pièges et charlatanisme des sectes Saint-Simon et Owen.&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;
&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;1831-1832&lt;/strong&gt; : plusieurs saint-simoniens de premier plan (Jules Lechevalier, Abel Transon) rejoignent les rangs de l'Ecole sociétaire.&lt;br /&gt;
&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;1832-1834&lt;/strong&gt; : parution de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;La Réforme industrielle ou Le Phalanstère&lt;/i&gt;, organe de l'Ecole sociétaire.&lt;br /&gt;
&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;1833-1834&lt;/strong&gt; : il observe de loin, puis dénonce la tentative de colonie phalanstérienne à Condé-sur-Vesgre (Seine-et-Oise).&lt;br /&gt;
&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;1835-1836&lt;/strong&gt; : &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;La Fausse Industrie.&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;
&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;1836&lt;/strong&gt; : naissance de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;La Phalange&lt;/i&gt;, nouvel organe de l'Ecole sociétaire.&lt;br /&gt;
&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;10 octobre 1837&lt;/strong&gt; : il meurt à Paris.&lt;/p&gt;</description>
		<author>Bouchet, Thomas</author>
		<dc:date>2008-06-20T15:27:31Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Bouchet, Thomas</dc:creator>
		

		</item>
	
	
		
		<item>
		<title>Cher vieux Fourier...</title>
		<link>http://www.charlesfourier.fr/article.php3?id_article=547</link>
		<date>2008-06-16 09:58:32</date>
		<description>&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;
Cher vieux Fourier,&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je ne crois pas que tu puisses te souvenir de moi, vu la série imposante de célébrités qui, de tout temps, ont senti le besoin de s'entretenir avec toi (des gens du calibre de Marx, Engels, Trotsky, Breton, Benjamin, Queneau, Barthes, Marcuse, Calvino...). J'étais un petit jeune homme entreprenant et je venais de débarquer à Paris - une époque devenue pour moi &quot;mythique&quot; - quand nous nous sommes connus, en 1970, au 15 de la rue Racine. Les éditions Anthropos y avaient encore leur siège et un magasin plein d'invendus de tes &#339;uvres. Il y en avait douze volumes, mais le directeur, Serge Jonas, n'avait réussi à m'en trouver que huit, dont il me fit cadeau. Je ne pouvais imaginer qu'avec ce don il faisait de moi, pour toujours, un adepte de tes idées, tandis qu'il me créait de graves lacunes, à cause des quatre volumes manquants. Comme l'un d'entre eux - il fallait le faire exprès ! - était le fameux &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Nouveau monde amoureux&lt;/i&gt; (que je ne devais acheter que quelques années plus tard dans sa réimpression suisse), tu peux comprendre les raisons de mes premières interprétations, unilatérales et quelque peu rigides, de ta pensée.&lt;br /&gt;
Plus tard, j'ai tenté d'y remédier et j'espère y être parvenu, surtout à partir du moment où j'ai pu tirer de la lecture passablement compliquée de tes textes le concept opératoire d'&quot;humanitarisme sociétaire&quot;. J'en ai fait une sorte d'instrument d'interprétation pour l'analyse de quelques éléments clé qui permettent de passer de ta cosmologie visionnaire à l'utopie sociétaire stricto sensu. Cependant, je dois ajouter que ce n'est que récemment (en 2002) que je me suis senti capable d'écrire quelque chose de précis sur ta vision de l'éros en Harmonie, un éros que tu as transfiguré en une sorte d'&quot;usine&quot; collective destinée à libérer la sensualité naturelle, constituant ainsi une nette alternative morale à la pruderie bigote de la Civilisation. Ce ne fut pas facile d'en tirer une quelconque conclusion, mais je dois admettre que j'ai senti un grand soulagement intérieur par le simple fait d'avoir essayé.&lt;br /&gt;
Nous nous sommes ensuite rencontrés à nouveau dans plusieurs colloques internationaux consacrés à ta personne très controversée, à commencer par celui des Salines royales d'Arc-et-Senans en 1972, ensuite à l'Université de Lecce en 1986, à la Sorbonne en 1988, puis à nouveau à Arc-et-Senans en 1993 ; tout cela jusqu'à ce que la renaissance des activités &quot;fouriéristes&quot;, lancée par la redécouverte de ta pensée dans les années de radicalisation postsoixante-huitarde, trouve un centre efficace et un siège stable dans ta Besançon natale.&lt;br /&gt;
Nous, &quot;fouriéristes de la première heure&quot;, avec tous ceux qui nous ont rejoints depuis, nous sommes sortis de l'isolement forcé auquel les académies de la Civilisation nous avaient contraints et nous disposons désormais d'un cadre commode (Besançon et ses environs) où nous réunir plus fréquemment. Ce n'est pas encore le phalanstère que tu aurais désiré, mais pour le moment c'est là que nous nous retrouvons - dans une atmosphère joyeuse et amicalement fouriériste - avec un étrange groupe de tes concitoyens, et de tes disciples (posthumes) réunis autour de l'Association d'études fouriéristes et des Cahiers qui portent ton nom.&lt;br /&gt;
Annuels, les &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Cahiers Charles Fourier&lt;/i&gt; s'approchent de leur vingtième anniversaire, ce qui signifie que désormais, et depuis un bon bout de temps, nous, qui t'étudions et t'aimons, sommes parvenus à constituer une sorte de fraternité culturelle (et non une loge comme c'eût été le cas à ton époque) de fouriéristes libres penseurs, unis par une irrésistible attraction passionnelle pour tes idées.&lt;br /&gt;
Et comme ce que l'on appelle la &quot;mondialisation&quot; a au moins, parmi tant de malheurs (oui, je sais...tu les avais largement prévus), un avantage, notre fraternité pratique désormais ouvertement ton cosmopolitisme. En son sein, on se retrouve pour parler de toi et de diverses utopies, généralement en français, mais avec des chercheurs dont la langue maternelle peut être l'anglais, le japonais, le roumain, l'allemand ou...l'italien, toutes langues dans lesquelles tes &#339;uvres sont maintenant traduites, soit en partie, soit complètement, stimulant dans les pays concernés le lancement de nouvelles recherches, l'élaboration d'essais et de nouvelles traductions des tes livres ou d'ouvrages consacrés à toi. C'est une facile prophétie que d'imaginer que bientôt s'ajouteront des langues comme l'arabe, le chinois, le lithuanien, le croate et ainsi de suite : en somme, nous vivons une époque incroyable de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Fourier slow revival&lt;/i&gt;. Et cela a lieu dans le contexte de la barbarie culturelle galopante des médias dominants, elle-même déterminée par les progrès impétueux et apparemment irrésistibles de la société du spectacle à l'échelle mondiale. &lt;br /&gt;
Je présume que c'est justement dans la &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;fast acceleration&lt;/i&gt; avec laquelle avance cette dernière que l'on doit chercher l'explication de l'intérêt croissant envers ta personne, l'explication du &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;slow revival&lt;/i&gt; fouriériste. Cependant, le développement d'une telle hypothèse déboucherait sur un discours compromettant, aux nombreuses conséquences idéologiques, un discours qui nous occupera certainement dans les années à venir, mais que l'on ne peut que se contenter d'effleurer dans cette présentation.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Puisque nous évoquons la collaboration et la communication internationales, le moment est venu de parler de notre ami commun, Jonathan Beecher, ton &quot;Pellarin du XXe siècle&quot;, apparu - il y a maintenant plusieurs années - au c&#339;ur de la vieille Europe, en provenance des lointaines steppes de Californie, pour fouiller dans les archives et dans les témoignages historiques, sur la terre de France. Tu n'as peut-être pas fait attention à lui, en 1971, quand il publia une anthologie de tes textes [&lt;a href=&quot;http://www.charlesfourier.fr/#nb1&quot; name=&quot;nh1&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;[1] Jonathan Beecher et Richard Bienvenu, ed. : The Utopian Vision of (...)&quot;&gt;1&lt;/a&gt;], mais tu dois certainement avoir passé avec lui des années d'intense communion spirituelle, pendant qu'il rédigeait ta monumentale biographie, publiée aux Etats-Unis en 1986, en France en 1993 et aujourd'hui, finalement, en Italie, tandis que d'autres traductions s'annoncent dans d'autres parties de notre planète Terre.&lt;br /&gt;
Tu ne peux pas en parler par modestie, alors laisse-moi le dire à ta place : il s'agit de la plus complète, de la plus documentée, de la plus remarquable de tes biographies, parmi toutes celles qui, depuis la biographie &quot;officielle&quot; de Pellarin (1839, 1843), ont jamais été écrites en ton honneur. Par contre, ce sera au lecteur de décider de la validité du contenu et des interprétations proposées, ainsi que - s'agissant de fouriérisme - de la &quot;jouissivité&quot; de la lecture.&lt;br /&gt;
Cependant, je ne peux pas m'empêcher d'exprimer un jugement technique -même s'il vient d'un éditeur-commentateur fier de son travail - sur les instruments théoriques que le volume met à la disposition du lecteur. En effet, au delà de la masse impressionnante de l'ouvrage, il faut tenir compte de la qualité de l'appareil iconographique, de la vaste bibliographie raisonnée, des très nombreuses notes, dans lesquelles on voit défiler des personnages, des événements, des journaux et des publications, depuis les années de la Grande Révolution jusqu'aux révoltes des canuts lyonnais (1831 et 1834), en passant par l'ère napoléonienne et l'instable Restauration qui lui fait suite.&lt;br /&gt;
Dans ses parties les plus créatives et les moins contraintes par les scrupules de l'historien (n'oublie pas que Jonathan est professeur d'histoire à l'Université de Californie, à Santa Cruz), le texte propose des explications exhaustives (du moins sur la base de la documentation disponible) de toute une série d'épisodes qui restent ambigus, ou sans explications, dans tes biographies précédentes. Il s'agit d'épisodes cruciaux dans la formation de ta pensée et qui - que tu en sois conscient ou non - peuvent permettre plusieurs lectures de la construction utopique phalanstérienne, de ta vision cosmologique, de ta conception vraiment contradictoire de la liberté sexuelle, de ton éthique &quot;transcendantale&quot;.&lt;br /&gt;
Le lecteur choisira tout seul les meilleurs passages du livre. Mais puisque je me considère moi aussi comme un lecteur, je désirerais attirer ton attention sur un passage de la conclusion [&lt;a href=&quot;http://www.charlesfourier.fr/#nb2&quot; name=&quot;nh2&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;[2] Dans la traduction française d'Hélène Perrin et Pierre-Yves Pétillon, (...)&quot;&gt;2&lt;/a&gt;] du travail de Jonathan, dans lequel il me semble qu'il a réussi à donner le meilleur dans la tâche ingrate qu'est le résumé de ta pensée. Tu ne seras peut-être pas complètement d'accord, mais il me semble que l'on pourrait fournir, à qui te/nous demanderait de résumer brièvement le sens profond de ton legs spirituel, cette synthèse tirée de la conclusion du livre de Jonathan, dans laquelle je me suis permis de mettre en italique les concepts les plus prégnants :&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;
&quot;Certains moqueurs plus indulgents concèdent à Fourier quelque intérêt, à condition d'établir une distinction très nette entre sa perspicacité de critique et ses intuitions d'organisateur, d'une part, et l'absurdité fondamentale de sa cosmologie et de sa métaphysique [d'autre part]. J'ai déjà suggéré que si l'on cherche véritablement à comprendre Fourier, et non simplement à s'approprier ses idées les plus &quot;avancées&quot;, une telle discussion tombe d'elle-même : elle ne prend pas en compte &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;ce rapport étroit qu'entretiennent, dans la pensée de Fourier, comme en tant d'autres choses, le sublime et le ridicule&lt;/i&gt;. La critique sociale de Fourier, son utopie et sa représentation de l'univers &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;forment un tout&lt;/i&gt;. La cosmologie &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;offre une image de spontanéité ordonnée&lt;/i&gt; qui reflète la vie sexuelle et spirituelle de la Phalange. Les descriptions de la vie phalanstérienne sont elles-mêmes &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;entrelardées de parodie et de critique sociale&lt;/i&gt;. Derrière tous les aspects de la doctrine se profile la conviction profonde que nous sommes capables de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;créer un monde adapté à nos besoins&lt;/i&gt; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;et reflétant notre pouvoir&lt;/i&gt;. La critique sociale, la cosmologie et l'utopie de Fourier sont toutes enracinées dans la certitude que &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;nos seules limites sont celles de nos désirs&lt;/i&gt;&quot; [&lt;a href=&quot;http://www.charlesfourier.fr/#nb3&quot; name=&quot;nh3&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;[3] Nous empruntons ici cette même traduction d'Hélène Perrin et (...)&quot;&gt;3&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Jonathan a aussi écrit une monumentale biographie de l'héritier que tu t'es désigné, Victor Considerant [&lt;a href=&quot;http://www.charlesfourier.fr/#nb4&quot; name=&quot;nh4&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;[4] Jonathan Beecher, Victor Considerant and the Rise and Fall of French (...)&quot;&gt;4&lt;/a&gt;] ; mais, vu ce qui s'est passé entre vous durant les dernières années de ta vie et connaissant ton caractère, il se peut que cette seconde nouvelle te laisse plutôt indifférent. Cependant, elle ne laisse pas indifférents les savants qui s'intéressent vraiment aux destinées ultérieures du fouriérisme, eu égard surtout à l'influence que cet homme a exercé sur la formation du mouvement ouvrier français, sur le populisme russe, sur toute forme de coopérativisme et, en outre, sur la tentative de créer un phalanstère (parmi tous ceux qui existèrent aux Etats-Unis, mais sous la direction dudit Considerant) dans les environs de la Trinity River au Texas, dans un endroit qui correspond aujourd'hui - il fallait le faire exprès ! - à la banlieue de Dallas.&lt;br /&gt;
Et venons-en maintenant à l'Italie.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&quot;La plus ancienne apparition de Fourier en Italie, nous la trouvons dans un texte non signé, imprimé en Sicile et portant le titre &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Il sistema sociale de Carlo Fourier&lt;/i&gt;, Palerme, Spampinato, 1839&quot; [&lt;a href=&quot;http://www.charlesfourier.fr/#nb5&quot; name=&quot;nh5&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;[5] Pasko Simone, &quot;Lineamenti essenziali di une presunta &quot;fortuna&quot; di (...)&quot;&gt;5&lt;/a&gt;].&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;
C'est ainsi que commence la description brève mais exhaustive des destinées littéraires du fouriérisme &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;chez nous [&lt;a href=&quot;http://www.charlesfourier.fr/#nb6&quot; name=&quot;nh6&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;[6] En français dans le texte.&quot;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/i&gt;, proposée par Pasko Simone (un spécialiste de ton &#339;uvre, mais aussi l'auteur d'une savante édition de ta savoureuse &quot;hiérarchie des cocus&quot; [&lt;a href=&quot;http://www.charlesfourier.fr/#nb7&quot; name=&quot;nh7&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;[7] Charles Fourier, Tavola analitica del cornificio [titre en français : (...)&quot;&gt;7&lt;/a&gt;]).&lt;br /&gt;
Cher Fourier, je t'en conseille la lecture, car tu ne peux rien savoir des avatars de tes écrits en Italie. Qu'il te suffise de considérer que, de ton vivant, rien n'a transpiré de ta vie ni de ton &#339;uvre et que le premier texte consacré à toi est paru en Sicile deux ans après ta mort.&lt;br /&gt;
Dans la reconstruction de Simone, on trouve une liste de silences historiquement significatifs et d'occasions théoriques manquées, surtout à la fin du XIXe siècle, quand on jetait les bases d'un syncrétisme idéologique qui aurait inspiré les principaux mouvements &quot;subversifs&quot; de notre pays. Parmi ceux qui t'ont manifesté un intérêt historique ou philologique après la chute du fascisme, on peut lire une liste de spécialistes dignes d'éloges : Armando Saitta, Franco Venturi, Giuseppe Del Bo, Franco Della Peruta, Gian Mario Bravo, Italo Calvino ; tandis que, dans la &quot;nouvelle génération&quot; (des années 70-90), on trouve, parmi les principaux responsables de redécouverte du fouriérisme, Mirella Larizza, Maria Moneti, Armando De Palma, Paolo Caruso, Simone Schicchi, Roberto Massari, Maria Alberta Sarti, Arrigo Colombo, Laura Tundo et Pasko Simone déjà cité.&lt;br /&gt;
Il s'agit de spécialistes généralement insérés dans un milieu exclusivement universitaire, ce qui prouve que l'indifférence culturelle à ton égard se prolonge dans les milieux politiquement ou littérairement les plus créatifs. Tu remarqueras, par exemple, le silence assourdissant à ton sujet des représentants du mouvement de 68 (à la modeste exception de ton serviteur), le silence des porte-parole de la &quot;haute&quot; culture ou de la culture &quot;officielle&quot; (à l'exception du magnifique texte d'Italo Calvino), l'absence générale des architectes, urbanistes, pédagogues et autres spécialistes dotés d'une quelconque influence. Même le mouvement féministe, malgré la vivacité culturelle dont il a fait preuve, dès le début, sur le sol italien (dans les années 70), a ignoré obstinément la bataille d'avant-garde et sans concessions que tu as livrée, dans de nombreuses parties de ton &#339;uvre, pour la libération de la femme, c'est-à-dire ton féminisme avant la lettre.&lt;br /&gt;
A la liste de Simone, je ne peux ajouter que deux autres exceptions &quot;spectaculaires&quot;, au sens littéral du terme, parce qu'elles procèdent de la meilleure tradition de notre culture cinématographique.&lt;br /&gt;
Le cinéma italien t'a effleuré à deux reprises : en préfigurant ton existence dans la grande fresque historique d'Ettore Scola (&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Il Mondo nuovo&lt;/i&gt;, 1982 [&lt;a href=&quot;http://www.charlesfourier.fr/#nb8&quot; name=&quot;nh8&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;[8] Diffusé en France sous le titre La Nuit de Varennes (n.d.t.).&quot;&gt;8&lt;/a&gt;]) et en la célébrant par l'invention d'une communauté fouriériste dans la Toscane de 1848 (&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Domani accadrà&lt;/i&gt;, 1988 [&lt;a href=&quot;http://www.charlesfourier.fr/#nb9&quot; name=&quot;nh9&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;[9] Diffusé en France sous le titre Domani, Domani (n.d.t.).&quot;&gt;9&lt;/a&gt;], du presque débutant Daniele Luchetti). Dans la métaphore de la voiture - et de ses illustres occupants - qui suit sans le savoir celle de Louis XVI dans sa fuite vers Varennes, Scola a certainement voulu photographier un moment de crise dans le paysage intellectuel, qui conduit des valeurs déclinantes de l'Ancien Régime jusqu'à la création d'un monde mental inspiré par une utopie humaniste, tout en montrant les débuts de l'inévitable décadence de la Révolution française. Deux représentants caractéristiques de la pensée présocialiste de l'époque sont présents dans le film, pour délimiter les coordonnées historiques de cette transition : le révolutionnaire anglo-américain Thomas Paine (1737-1809) et Restif de la Bretonne, dont il est de nombreuses fois question dans le livre de Jonathan. Et n'oublie pas, enfin, que le titre italien du film - qui fait écho à celui de deux de tes &#339;uvres fondamentales - est là pour confirmer la référence intellectuelle explicite du réalisateur à ta pensée.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Cher Fourier, le moment est venu de nous quitter. Il faut céder la parole à ton Pellarin californien pour le laisser commencer son récit et lever le rideau sur le monde enchanté de tes rêves. Toi et moi nous savons bien que, pour le lecteur qui s'approcherait de toi pour la première fois, ce sera la découverte bouleversante de... - disons-le - d'un &quot;nouveau monde&quot;. Par contre, pour le lecteur expert en fouriérismes divers, cela constituera une nouvelle occasion utile pour réfléchir aux raisons qui, aujourd'hui encore, rendent si captivante l'étude de ton existence humaine.&lt;br /&gt;
Ces deux catégories de lecteurs, il faut les envier et les louer. En effet, dans une époque dominée par l'immense fast-n'importe quoi et qui découpe en confetti chatoyants tous les produits de la création littéraire, c'est un acte de courage que de consacrer un moment de vie réelle à la lecture du récit d'une existence historique, dont on sait déjà qu'elle est condamnée à la déroute ou à l'inactualité absolue, comme l'écrit Italo Calvino. Mais si, par-dessus le marché, on est motivé par le désir de tirer quelque chose de cette lecture pour le temps présent, alors cela devient un véritable acte de subversion. Cela peut préluder à d'autres actes subversifs, selon l'avertissement que nous donnait Henri Lefebvre (1975, p.18) en son temps, lorsqu'il tenait à nous préciser que toi, Fourier, tu serais &quot;plutôt subversif que révolutionnaire&quot; ; mais - ajoutait-il - &quot;il n'y pas de révolution sans subversion&quot;.&lt;br /&gt;
Voilà ! Je prédis que le lecteur sera conscient de l'inestimable quantité de subversion contenue dans l'acte qu'il accomplira, au moment où, par sa lecture raisonnée, il continuera de donner de la crédibilité à tes idées, que la société de ton époque voulut ignorer ou ridiculiser.
&lt;br /&gt;
A bientôt, et pour toujours sous le signe de l'utopie.&lt;br /&gt;
Bien à toi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Roberto Massari
&lt;br /&gt;
Traduction : Pierre-Luc Abramson&lt;/p&gt;</description>
		<author>Massari, Roberto</author>
		<dc:date>2008-06-16T07:58:32Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Massari, Roberto</dc:creator>
		

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