L’immeuble ne contient pas plus « une fabrique », comme il est écrit sur le panneau, qu’un « phalanstère » : quelque 400 autres ateliers de même structure existent dans la ville au plus fort de l’activité horlogère et forment tous ensemble « la » fabrique d’horlogerie de Besançon organisée sur le même type que « la » manufacture d’armes de Saint-Etienne : un ensemble d’ateliers produisent les différentes pièces (fabricants d’aiguilles, fabricants de ressorts, de pignons...), d’autres horlogers pratiquent l’assemblage des pièces (monteurs de boîtes...), d’autres encore assurent la distribution des pièces entre les différents partenaires ou la commercialisation du produit fini. Chacun des ateliers participe à son niveau à l’élaboration de ce qui, une fois monté, devient une montre, et Besançon fabrique vers 1870 90 % des montres françaises. De ce fait, la référence au système phalanstérien entraîne une lecture fausse de l’édifice et surtout - c’est cela qui m’importe - de ce qu’est l’horlogerie dans la ville, de l’impact architectural qu’elle a eue pendant toute la seconde moitié du XIXe siècle dans toute la boucle, et depuis dans la rue Gambetta, l’avenue Denfert-Rochereau et l’avenue Carnot, ou encore le quartier de la Mouillère, etc. L’aboutissement de cet esprit architectural novateur, directement lié à l’état du système économique, est la construction de l’usine Dodane, avenue de Montrapon, ou l’immeuble en étoile de la rue de la Mouillère. Pas d’horlogers fouriéristes à Besançon (ni proudhoniens d’ailleurs) qui auraient construit sur le square Saint-Amour un immeuble hors normes dans sa conception sociale, mais des horlogers (les frères Savoye) qui ont créé une architecture spécifique aux conditions particulières de l’économie bisontine.
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