Paris, Kimé, 2000, 242 p.
Quoique toute lecture quantitative soit déplacée, il demeure intéressant de remarquer comment ce parcours philosophique fait la part belle à Kant, Heidegger, Husserl, Nietzsche et Fourier. Ne serait-ce que pour cette présence le texte est un événement, tant Fourier est toujours un exclu philosophique. On trouve ici trois textes consacrés à Fourier. Le premier, Charles Fourier ou l’écart absolu reprend, en version corrigée, la présentation de Charles Fourier. L’attraction passionnée, ensemble de textes choisis par Schérer et publié par Pauvert en 1967. Le second, Les maux du libéralisme, a servi de préface au livre de Philippe Riviale, Charles Fourier et la civilisation marchande, publié en 1997, par les éditions l’Harmattan. Le troisième, Une esthétique passionnelle est de même la préface de l’ouvrage de Jean-Paul Thomas, Libération instinctuelle, libération politique, publié en 1980, par les éditions le Sycomore. Regrouper ces trois textes c’est dans le cadre de cet ouvrage, livrer l’armature sur laquelle la modernité de Fourier s’élabore. Les relire c’est retrouver formulées les bases de toute lecture philosophique de Fourier. Ceci par exemple, rappelant, pour le philosophe, l’étrange base de son mode de pensée : « Il n’y a pas chez Fourier de conscience de soi, il n’y a pas de concept, comme il n’y a pas de loi opposée au désir. Ces couples d’opposition autour desquels notre réflexion s’organise : conscience/concept, désir/loi, s’effondrent. » (p. 103) De même l’opposition mythe/discours s’inverse (« Au mythe Fourier substitue une “utopie” ») (p. 105). Et ce rappel est à bien considérer aujourd’hui : « Je le répète nous n’aurons accès à Fourier que si nous comprenons le sens de la rationalité qui l’anime, cette transformation radicale, qui s’accompagne d’une mutation des valeurs, ou mieux de la disparition de ce que nous appelons valeur. » (p. 108) Les deux autres textes ont le mérite de montrer deux des axes novateurs souvent relégués, à savoir le versant économique et le versant esthétique.
Louis Ucciani enseigne la philosophie à l’Université de Franche-Comté. Il collabore depuis leur création aux Cahiers Charles Fourier. Ses axes de recherche récents interrogent la genèse et la structure de l’art contemporain. Il a notamment publié Charles Fourier ou la peur de la raison (Paris, Kimé, 2000) ou encore de Saint-Augustin ou le livre du Moi (1998). Dernier ouvrage paru : Le geste du peintre (2003).
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